Les six principales associations de défense du patrimoine naturel et bâti parisien, FNE Paris, le GNSA Paris, Monts 14, Paris Historique et SOS Paris, menées par Sites & Monuments, se sont adressées aux six candidats à l’élection municipale à Paris, Pierre-Yves Bournazel (Horizons), Sophia Chikirou (la France insoumise), Rachida Dati (Les Républicains), Emmanuel Grégoire (Parti socialiste - Ecologistes - PCF), Sarah Knafo (Reconquête !) et Thierry Mariani (Rassemblement national) au sujet de son futur Site patrimonial remarquable (SPR) et plus généralement de son patrimoine.
Il s’agissait de connaître leur opinion sur ce document fondamental, bientôt soumis à l’enquête publique, sous une forme malheureusement réduite à peau de chagrin.
Cinq candidats précisent ici leurs programmes. Des promesses - et parfois des ambiguïtés - qui pourront être confrontées aux réalisations !
JL
Nous demandions aux candidats - après avoir exprimé notre insatisfaction sur l’emprise comme sur le régime (PVAP principalement) du futur Site patrimonial remarquable de Paris - leur avis sur :
• le périmètre le plus opportun à retenir pour ce Site patrimonial remarquable (SPR) ;
• les zones à doter, en son sein, d’un PVAP (protection des seuls extérieurs) ou d’un PSMV (susceptible de protéger des décors intérieurs et de reconquérir la pleine terre) ;
• les autres mesures de protection du patrimoine à envisager selon eux.
L’association Monts 14 a pu échanger sur ces points avec les équipes de Rachida Dati et Sites & Monuments avec celles de Sarah Knafo. L’ensemble des candidats a répondu à nos questions, à l’exception de Thierry Mariani (RN).
Les candidats s’accordent sur le caractère structurant pour Paris de son futur Site patrimonial remarquable, qui devra, selon eux, être élargi (à l’exception d’un seul candidat) et, en son sein, de l’intérêt d’un Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV), document offrant plus de possibilités qu’un simple Plan de valorisation de l’architecture et du patrimoine (PVAP). Chacun propose ainsi, à sa manière, et avec différentes nuances ou ambigüités, d’en renforcer la portée. Nous tentons ici une synthèse - évidemment subjective - des contributions reçues, consultables plus bas dans leur intégralité.
Projet de Site patrimonial remarquable de Paris (ligne rouge) avec ses instruments de gestion : PSMV, en bleu foncé (permettant de protéger certains éléments intérieurs des immeubles et la reconquête de la pleine terre) et PVAP, en bleu clair (permettant uniquement la protection de l’enveloppe extérieure des immeubles).
Synthèse des réponses
Pierre-Yves Bournazel (Horizons) préconise un Site patrimonial remarquable (SPR) à une échelle cohérente et non limitée aux arrondissement administratifs centraux, prenant comme référence l’ancienne enceinte des Fermiers généraux, en cohérence avec la zone tampon du bien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il indique vouloir privilégier un Plan de valorisation de l’architecture et du patrimoine (PVAP) pour les grands ensemble cohérents, notamment haussmanniens, dont la qualité patrimoniale repose principalement sur l’harmonie des façades (8e, 9e, 16e et 17e et partie des 10e, 11e, 12e, 13e et 14e arrondissements). Le Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) étant destiné aux secteurs présentant une richesse patrimoniale exceptionnelle comme le Marais, le 7e arrondissement [NDLR. bénéficiant déjà de ce statut], mais aussi le Quartier Latin (5e), Saint-Germain-des-Prés (6e), Montmartre (18e), le secteur de la Nouvelle Athènes-Saint-Georges (9e) ou encore parties historiques du faubourg Saint-Antoine (11e et 12e). Le candidat souhaite mettre en place un inventaire systématique du patrimoine intérieur des immeubles parisiens, ainsi que des surfaces en pleine terre en cœur d’îlot, afin de pouvoir protéger certains de ces éléments grâce au PSMV. Le candidat souhaite veiller à une rénovation énergétique du bâti ancien pleinement compatible avec la préservation de ses caractéristiques architecturales et constructives. Il compte faire du mobilier urbain parisien classique la référence dans les aménagements publics, tout en mettant en place un dispositif de mécénat populaire pour la restauration des modèles anciens. Il souhaite engager un plan décennal de restauration des 96 églises communales doté de 200 millions d’euros et un plan décennal de restauration des cimetières (monuments fragilisés, murs d’enceinte, conservation et plantation d’arbres) doté de 100 millions d’euros. Il se prononce enfin pour un classement de la Tour Eiffel au titre des monuments historiques.
Sophia Chikirou (La France Insoumise) est favorable à l’adoption de PSMV pour certaines zones spécifiques de Paris, à la condition que ce régime n’interdise par toute modification [NDLR cela n’a jamais été le cas], ne bénéficie pas aux seuls arrondissement centraux, mais puisse également profiter aux lieux symboliques des quartiers populaires, ouvrant ainsi le "droit au beau" au plus grand nombre. Le patrimoine parisien devra être mis au service des habitants et des visiteurs et non de la spéculation foncière, qui sera stoppée.
Rachida Dati (Les Républicains) souligne les effets profondément destructeurs à ses yeux du PLU bioclimatique de la capitale et son rôle, en tant que ministre de la Culture, dans l’adoption de la zone tampon du bien UNESCO des Rives de la Seine. La délimitation du Site patrimonial remarquable serait étendue marginalement au-delà des sept premiers arrondissements afin de protéger, à terme, 20% du territoire parisien. Il est cependant prévu d’engager une réflexion sur l’opportunité d’étendre ce SPR à l’ensemble de la zone tampon de l’UNESCO, en incluant également la Butte aux Cailles. Au sein du SPR, il est prévu que la partie centrale des 1er au 6e arrondissements relève d’un PSMV, comme les grandes perspectives parisienne. [NDLR. Cette proposition demande à être éclaircie, le PSMV prévu étant déjà centré sur la Seine et donc sur le cœur de ces arrondissements. Quels seraient les nouveaux quartiers concernés par ce PSMV ?] La candidate prévoit, par ailleurs, de rétablir la cohérence du mobilier urbain, de créer une charte "Paris du beau", applicable aux espaces publics, mais aussi aux commerces, tout en réaffirmant l’exigence d’une intégration harmonieuse des constructions nouvelles dans le tissu existant.
Emmanuel Grégoire (Parti Socialiste - Les Ecologistes - PCF) ne souhaite pas que le futur Site patrimonial remarquable aille au-delà de celui prévu, c’est-à-dire principalement des sept premiers arrondissements. Il est proposé d’étudier les outils juridiques possibles au sein de ce SPR limité, quartier par quartier, laissant entendre qu’un PSMV pourrait être ponctuellement préféré au PVAP moins protecteur prévu. [NDLR. Cette proposition demande à être éclaircie. Quels seraient les nouveaux quartiers concernés par ces PSMV ?] Le candidat affirme, par ailleurs, vouloir porter un "manifeste de la beauté", en nommant un directeur artistique de Paris, avec notamment un objectif de qualité de dessin, d’insertion paysagère et de désencombrement de l’espace public. Il propose d’augmenter le nombre des protections patrimoniales ponctuelles issues du PLU [NDLR. ne pouvant concerner que les extérieurs], de s’appuyer pleinement sur la Commission du vieux Paris, de mieux protéger le patrimoine du XXe siècle et le patrimoine industriel et à faire classer la Tour Eiffel, aujourd’hui seulement inscrite au titre des monuments historiques.
Sarah Knafo (Reconquête !) considère que la beauté de Paris découle d’un cahier des charges précis imposé de longue date aux constructeurs. Elle affirme vouloir renouer avec ce modèle. Elle estime que le plan local d’urbanise bioclimatique, malgré son volume, n’a pas permis d’intégrer les nouvelles constructions aux quartiers. Il sera donc abrogé. Un site patrimonial remarquable élargi et doté de PSMV sera notamment mobilisé pour le remplacer. [NDLR. Couvrant quels quartiers ?] Il s’agit de protéger des décors intérieurs précieux mais aussi de faire respirer la ville en supprimant des constructions basses parasites à l’emplacement d’anciennes cours et jardins. Des immeubles non patrimoniaux pourront cependant être détruits au sein des PSMV et l’existant amélioré, notamment par la couverture des voies sur berges réouvertes à la circulation automobile. Hors du site patrimonial remarquable, le comblements de dents creuses au cas par cas et la modification des toitures aidera à la création de nouveaux logements. Le mobilier urbain mal intégré sera remplacé en mettant à profit le partenariat publicitaire existant. Les églises bénéficieront d’un plan de restauration de 300 millions d’euros, tandis que des patrouilles anti-vandalisme seront constituées notamment pour lutter contre les tags.
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