Six associations interrogent les six candidats aux municipales à Paris sur son futur Site patrimonial remarquable (SPR)

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Les six principales associations de défense du patrimoine naturel et bâti parisien, FNE Paris, le GNSA Paris, Monts 14, Paris Historique, Sites & Monuments et SOS Paris, s’adressent aux six candidats aux élections municipales à Paris, Pierre-Yves Bournazel (Horizons), Sophia Chikirou (la France insoumise), Rachida Dati (Les Républicains), Emmanuel Grégoire (Parti socialiste), Sarah Knafo (Reconquête !) et Thierry Mariani (Rassemblement national) au sujet de son futur Site patrimonial remarquable (SPR), afin de connaître leur opinion sur ce document fondamental pour l’avenir de notre capitale, malheureusement réduit à une peau de chagrin dans sa mouture bientôt soumise à l’enquête publique.
JL

André Malraux (1901-1976), premier ministre d’État des affaires culturelles (1959-1969), créateur, en 1962, des Plans de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV).

M. Pierre-Yves Bournazel - Horizons
Mme Sophia Chikirou - La France insoumise
Mme Rachida Dati - Les Républicains
M. Emmanuel Grégoire - Parti socialiste
Mme Sarah Knafo - Reconquête !
M. Thierry Mariani - Rassemblement national

Mesdames, Messieurs les candidats,

Vous solliciterez, en mars prochain, le suffrage des Parisiens. Les associations les plus actives dédiées à la protection du patrimoine et de l’environnement de Paris – France nature environnement (FNE) Paris, le Groupement national de surveillance des arbres (GNSA) Paris, Monts 14, Paris Historique, Sites & Monuments et SOS Paris – souhaitent attirer votre attention sur la question, bientôt soumise à enquête publique, du futur Site patrimonial remarquable (SPR) de Paris.

Notre capitale est, en effet, insuffisamment protégée par le Plan local d’urbanisme (PLU) de Paris, comme le montrent nombre de projets contestés (pavillon des Sources, Projet One au champ de Mars, monastère de la Visitation, couvent Reille, hôpital La Rochefoucauld, gare d’Austerlitz, cour du Bel-Air et nombreuses autres opérations de densification inopportunes.

Bien UNESCO des Rives de la Seine (zone orange) avec sa zone tampon (zone jaune), inspirée principalement du tracé du mur des Fermiers généraux (1790).

La question de la définition - à l’invitation de l’UNESCO - d’un vaste Site patrimonial remarquable (SPR) pour Paris est à ce titre fondamentale. Les SPR ont en effet été créés, à la demande d’André Malraux, par une loi de 1962 sous le nom de « Secteurs sauvegardés », dans un double but de protection du patrimoine et de lutte contre l’insalubrité. Sorte de « super PLU », c’est l’instrument le plus puissant et le plus pérenne du droit de l’urbanisme français. Doté d’un Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) (voir art. L. 313-1 et s. du code de l’urbanisme), le SPR permet de définir précisément le statut de chaque immeuble. Ceux-ci peuvent être démolissables (zones gris clair sur le plan) ou, au contraire, protégés pour leur enveloppe extérieure (zones gris foncé), voire certains de leurs éléments intérieurs exceptionnels (cages d’escalier remarquables, rares plafonds peints ou décors singuliers). Ces protections intérieures seraient juridiquement impossibles dans le cadre d’un PLU. Au sein d’un SPR à PSMV, des constructions à démolir lors de réhabilitations globales peuvent être également désignées (zones jaunes) afin de créer de nouveaux jardins, ce qu’un PLU ne peut imposer. C’est pourquoi l’établissement d’un PSMV au sein du SPR de Paris est un enjeu à la fois patrimonial et écologique.

PSMV du 7e arr. montrant le système de protection des jardins public et privés (hachure vertes), poumons de la capitale.

Il permettrait, en outre, de résoudre des conflits actuellement récurrents sous le régime des "abords" des monuments historiques, tenant à l’appréciation de la visibilité sur ces monuments et depuis ces monuments (la servitude des 500 m est inapplicable au sein d’un SPR), comme à remédier à l’imprévisibilité des prescriptions des architectes des bâtiments de France (tenus de respecter les prévisions d’un PSMV). Cet instrument pourrait utiliser les repérages patrimoniaux effectués à l’occasion de la révision du PLU de Paris, en les complétant, notamment pour les intérieurs, sachant que les décors internes des constructions sérielles, notamment haussmanniennes, seront rarement concernés.

PSMV du Marais montrant les zones de reconquête de la pleine terre afin de créer autant d’îlots de fraicheur (couleur jaune : "Immeuble dont la démolition ou la modification peut être imposée lorsqu’il ne fera plus l’objet d’une destination liée à l’emploi").

L’établissement d’un Plan de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine (PVAP) au sein du SPR, en lieu et place du PSMV, serait moins opérant. Seuls les extérieurs pourraient alors être protégés (régime déjà largement applicable à Paris), sans possibilité d’imposer le dégagement de la pleine terre.

En tout état de cause, un PSMV n’empêcherait en aucun cas une politique dynamique de création de logements sociaux ou d’adaptation du bâti au réchauffement climatique, questions qu’il suffit de traiter dans son règlement. Il ne s’agit pas plus de « mettre Paris sous cloche ». Bénéficiant déjà d’un PSMV depuis 1996, le quartier du Marais est l’un des plus vivants de la capitale, tandis que le 7e arrondissement, doté d’un PSMV depuis 1991, a pu demeurer l’un des poumons de Paris par la préservation stricte de ses jardins privés (interdiction de la suppression de la pleine terre). Les aplats de couleur jaune du plan du PSMV du Marais permettront, à terme, la suppression d’ateliers parasites (dont la conversion en habitations est d’ores-et-déjà interdite), pour une reconquête de la pleine terre, enjeu bioclimatique s’il en est.

Tributaire des réticences de la mairie centrale, y voyant la mainmise de l’actuelle ministre de la Culture, ministre elle-même sensible aux craintes exprimées par certains maires d’arrondissement ignorant la nature réelle des PSMV (voir Le Parisien du 16 juin 2025), le projet de SPR actuel est particulièrement décevant. Il est en effet insuffisant, tant dans son étendue que dans l’intensité de ses protections.

Recapiti
Julien Lacaze