En janvier dernier, le Département du Loiret interdisait l'utilisation de produits venant d'Amérique latine dans ses restaurants scolaires. Dans la continuité de cette décision, il met en place un groupement de commandes de denrées alimentaires pour garantir une plus grande transparence sur leur origine et une qualité optimisée. Décryptage.
« Chaque année, plus de 3 millions de repas sont servis dans les restaurants scolaires des collèges du Loiret. Notre collectivité souhaite offrir aux collégiens une restauration scolaire de qualité, le repas du midi étant, pour certains, le seul vrai repas de la journée », déclare Marc Gaudet, président du Département, réuni devant les journalistes avec Florence Galzin, vice-présidente en charge de l’Enfance, l’Éducation et la Jeunesse et Jean-Luc Riglet, vice-président en charge de l’Agriculture, du Tourisme, de l’Environnement et de la Transition au Département du Loiret.
Le Département a décidé de créer un dispositif innovant : un groupement de commandes afin d’accompagner les chefs de restauration scolaire des collèges dans leurs achats. Cette initiative favorisera l’accès aux produits de qualité en maîtrisant leurs coûts et en simplifiant les démarches.
De gauche à droite : Florence Galzin, Hubert Clément, chef au collège Maximilien de Sully, Marc Gaudet et Jean-Luc Riglet
Un groupement de commande attendu
« Ce groupement de commandes est à destination de la Maison de l’enfance et des collèges loirétains qui souhaiteront y adhérer. Le chef de ce collège Maximilien de Sully, à Sully-sur-Loire, est l’un des premiers à se porter volontaire », précise Marc Gaudet.
Pour Florence Galzin, « l’idée est simple : il s’agit de faciliter la tâche des chefs. De plus, nous les formerons au respect de la loi EGalim* : en 2024, en moyenne, dans les réfectoires des collèges, 21 % de produits locaux étaient proposés aux demi-pensionnaires et 30 % en 2025. Le groupement de commandes constituera un levier qui aidera les établissements scolaires à atteindre les objectifs prévus, en intégrant, dans les marchés, une offre de produits durables de qualité. Aujourd’hui, vingt collèges sont prêts à y souscrire. »
Jean-Luc Riglet complète : « Nous avons signé une convention avec la Chambre d’agriculture pour faire le lien avec les producteurs locaux. Ainsi, ils seront informés des quantités qu’ils auront à fournir. Un diagnostic a été réalisé auprès des 42 collèges loirétains qui, jusqu’à présent, passaient en direct auprès de producteurs locaux et de grossistes. Nous avons remarqué que les grossistes pratiquaient des tarifs différents suivant les collèges. Grâce au groupement de commandes des économies seront réalisées car en centralisant les besoins à l’échelle du Loiret, les volumes importants permettront d’obtenir des conditions tarifaires plus avantageuses auprès des fournisseurs. »
Ce marché simplifiera aussi le quotidien des équipes de restauration quant à la recherche de prestataires et de négociation des coûts… la gestion des commandes constituant une charge administrative importante. Le temps économisé sera alors consacré davantage à la préparation des repas et aux échanges avec les élèves.
Un cadre juridique très contraignant
Les appels d’offres de la commande publique ne permettent pas d’introduire un critère favorisant la production locale, ce qui est contreproductif avec les attentes de la loi EGalim. Afin de valoriser les circuits courts dans les restaurants scolaires des collèges, les présidents de Départements ont appelé l’État, à lever cette interdiction. Alors le Département du Loiret la contourne en réclamant la transparence sur l’origine des produits. De plus, dans le Loiret, suite au Mercosur, le président Gaudet a expliqué, en janvier, qu’il excluait les produits provenant d’Amérique du sud, réaffirmant ses engagements en faveur de l’agriculture locale, de la souveraineté alimentaire et du bien manger.
Le groupement de commandes, comment ça marche ?
Trois lots ont été créés pour faciliter l’accès à des producteurs ou structures de proximité, tout en respectant les règles de concurrence :
• un de yaourts fermiers : il concerne des produits issus d’unités de transformation à la ferme, permettant à des exploitations agricoles de se positionner directement ;
• un de légumerie : ce sont les légumes prêts à l’emploi (épluchés, découpés). Il est réservé aux structures relevant de l’insertion par l’activité économique, conformément aux possibilités offertes par le droit de la commande publique ;
• un de circuits courts : ouvert uniquement aux producteurs en direct ou avec un seul intermédiaire maximum. Ce critère repose sur l’organisation de la chaîne d’approvisionnement et non sur l’origine géographique.
Certains produits ont été volontairement exclus du marché afin de permettre aux établissements de poursuivre des achats directs auprès de producteurs locaux.
Sont ainsi concernés : le pain ; les fruits et légumes frais ; les œufs frais ; les légumineuses sèches (lentilles, haricots, etc.).
Le Département du Loiret, coordonnateur du groupement, assurera la gestion administrative et juridique des marchés. Mais, chaque collège adhérent reste responsable de ses commandes, de la réception des denrées et du paiement des factures.
Calendrier
« Le projet passera en délibération lors de la session des 2 et 3 avril », déclare le président Gaudet. Puis, après avoir identifié les collèges qui souhaitent adhérer au groupement, les marchés de denrées alimentaires seront publiés début juillet 2026. L’analyse des offres s’effectuera en septembre. La notification aux candidats retenus est prévue début novembre 2026. Les premières commandes seront passées en fin d’année, et les premières livraisons dès le 1er janvier 2027.
« Ce groupement de commandes est une petite révolution, s’enthousiasme Marc Gaudet. Aussi, nous allons nous tourner prochainement vers la Région Centre et leur proposer de l’élargir aux lycées dès la rentrée de septembre 2027. François Bonnot, leur président, y est favorable. »
Textes & photos Édith Combe
*la loi EGalim prévoit d’atteindre au moins 50 % d’achats durables et de qualité, dont au moins 20 % issus de l’agriculture biologique..