L’espionnage ordinaire raconté par un ancien de la DGSE. Pas d’effets spéciaux pyrotechniques, pas d’opération commando, mais une partie d’échecs captivante pour tenter d’approcher un espion chinois. La fameuse série tv Le bureau des légendes n’en finit pas de faire des petits. Il y a bien sûr le spin-off littéraire très officiel mené par Thomas Cantaloube : Les mouettes, avec déjà deux épisodes parus chez Fleuve Noir en 2024 (en Lybie) et 2025 (en Iran). En voici une autre déclinaison, cette fois par un ancien de la DGSE : Olivier Mas, un espion passé de l’autre côté du stylo, il anime d’ailleurs une chaîne youtube (Talks with a Spy). Ombres chinoises n’est pas son premier roman et va nous emmener en Côte d’Ivoire, comme l’avait déjà fait l’an passé le journaliste Antoine Glaser avec une autre histoire d’espionnage, Sombre lagune (2025 – Fayard). L’époque de la Françafrique est peut-être révolue, mais les intérêts géopolitique des grandes puissances sur ce continent restent visiblement toujours d’actualité. Ombres chinoises d’Olivier Mas, aux Éditions Flammarion, ou un livre d’espionnage ordinaire !
Le scénario :
Le chef de poste à Abidjan termine ses trois ans sur place et rentre à Paris. La direction de la DGSE choisit d’envoyer Solange pour le remplacer. Sa feuille de route est simple : recruter un espion chinois, Chen, qu’une source locale, Koffi, a déjà pu approcher. Nom de code de l’opération, vous l’avez deviné : Ombres chinoises.
« Il avait tenté de s’accrocher à cette opération Ombres chinoises pour retrouver une motivation. Un nom de code prétentieux pour une piste à peine ébauchée. »
Mais, dès les premières pages, Olivier Mas nous a prévenus : ça ne va pas se passer si simplement, au point qu’à mi-parcours tout pourrait bien basculer, y compris l’échiquier où se déroule la partie…
Cependant, nous sommes persuadés qu’un « bon joueur d’échecs disposait toujours de parades improbables pour renverser une partie mal engagée ».
Une immersion dans les coulisses de la DGSE
Allez, disons le tout de go, la très belle couverture du bouquin ne vient pas nous annoncer le nouveau John Le Carré et la plume d’Olivier Mas ne prétend pas révolutionner le genre.
Cela reste très classique et ses longues descriptions de personnages, tout comme ses photos pittoresques d’Abidjan sentent les figures imposées. Mais…
Mais, bien vite, on va se retrouver complètement captivé par cette immersion dans les coulisses de la DGSE.
Les intrigues de couloirs, les rivalités entre les bureaux, les tractations entre les différents services (renseignement, contre-terrorisme, civils et militaires, contre-espionnage, bureau Afrique ou Asie, …), tout cela est rendu avec un réel souci du détail vraisemblable et un sens certain du dialogue argumenté (comme lorsque la voix intérieure du personnage vient parfois expliquer le raisonnement).
Une description minutieuse du travail de renseignement français
Cet angle d’approche, cette vue de l’intérieur, délaisse le côté thriller et le cliché jamesbondien auxquels on pouvait s’attendre, pour nous embarquer dans une description minutieuse du travail de renseignement français, qui n’est souvent qu’une routine, parfois ingrate.
À plusieurs reprises, l’auteur et ses personnages évoquent le jeu d’échecs ou le jeu de go. Et c’est bien cette partie en jeu qui nous captive : la cheffe de poste en place à Abidjan et son
équipe vont tenter de cerner l’espion chinois.
Il n’y a là que de l’humain, du psychologique, du relationnel, mais « ces semaines de chasse à l’homme avaient porté tout un groupe d’experts vers les sommets ».
Avec Olivier Mas, pas d’effets spéciaux, pas d’expédition commando au fin fond de la brousse, cet auteur a fait de la vraisemblance ordinaire son fonds de commerce en
s’appuyant, on l’imagine, sur sa propre expérience du métier.
Et c’est tout simplement passionnant !
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Par Bruno Ménétrier. Les bouquins de Bruno Ménétrier.