La philosophie de l'éduc pop à ISF Toulouse

Compatibilità
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À ISF Toulouse, nous concentrons nos actions sur des ateliers d’éducation populaire, ouvert à l’ensemble des étudiant·es de Toulouse. Parfois ces ateliers sont inspirés de la fédération, parfois ils se font en collaboration avec d’autres associations. Si bien que nous avons mûri une réflexion autour de la manière dont faire de l’éducation populaire, et nous souhaitions la partager.

La membrane à ISF Toulouse

Que serait ISF sans l’éducation populaire ? Sûrement plus grand-chose. Sans facilitation de l’accès aux savoirs, sans partage des connaissances, sans remettre le·la participant·e au cœur du processus, nous ne ferions que reproduire des schémas bien trop académiques. L’éducation populaire a ceci de particulier qu’elle redonne l’action aux acteur·rices. Chacun·e peut alors révéler la profondeur de ses idées, les confronter et les assumer. C’est également être attentif à la diversité et aux nuances que chaque personne porte et apporte avec soi. Mais dès lors, sachant que les dynamiques de pouvoir, les schémas de domination sont ancrés dans notre société et en nous, comment garantir que l’éducation populaire ne soit pas leur théâtre ?

Remettre l’acteur·rice en action, c’est prendre conscience que des humain·es nous entourent, pensant·es et agissant·es. Mais nous sommes différent·es. C’est bien là que la membrane entre en scène. La membrane, c’est ce qui protège tout en restant perméable, c’est ce qui sépare mais amplifie, c’est ce qui est fixé mais mouvant. En bref, la membrane aide à ce que chacun·e module son discours et son espace de parole. Concrètement, à chaque début d’atelier, nous tissons ensemble les fils qui constituent la membrane collective, en exprimant ce dont nous avons besoin pour nous sentir respecté·es, écouté·es, entendu·es, compris·es dans toute notre complexité… Quelques exemples... Pour respecter le ou la porteur·euse de parole, nous mettons en place les gestes du chapeau, du comptage des doigts, du « c » de clarification… Pour garantir l’expression des points de vue, nous demandons et rappelons aux participant·es l’importance de parler en son « je », car parler en son « je », c’est rester ouvert au « tu », c’est se situer par rapport à son discours, savoir d’où on parle. Il y a aussi le respect de la confidentialité des échanges, l’expression du besoin de non-jugement, des besoins d’écoute, de rire et de calme. In fine, poser la membrane, c’est prendre conscience de l’intersectionnalité.

Mais, poser la membrane n’est pas suffisant. Il faut pouvoir y revenir. C’est pourquoi nous proposons à ce que chacun·e se porte activement garant·e de son maintien. Rester vigilant·e et bienveillant·e, car les dynamiques de pouvoir, les oppressions systémiques, ont la peau dure. Nous trouvons également que revenir sur les ressentis de chacun·e en fin d’atelier est un moyen de s’assurer que la membrane ait été convenablement posée, et que les participant·es se s la soient approprié·es.

À Toulouse, le groupe local a fortement évolué depuis plus d’un an, bâtissant petit à petit les éléments qui font sa spécificité. L’éducation populaire s’est ancrée dans nos valeurs et est au cœur de nos actions. Chaque atelier est l’occasion pour nous de questionner nos méthodes, d’échanger, d’adapter. L’organisation interne était aussi au centre de nos questionnements : comment fonctionner collectivement ? Comment favoriser l’émergence ? Comment se focaliser sans se restreindre ? Comment s’ouvrir sans se disperser ? Autant de questions qui ont fait l’objet de temps d’écoute, de tours de parole, de retours d’expérience. Nous avons eu des hauts et des bas, mais les temps collectifs étaient toujours revigorants : l’intelligence collective nous mettait en lien.

Nous avons souhaité collaborer avec d’autres associations afin de renforcer les échanges, de co-construire, d’enrichir nos pratiques et d’intégrer de nouvelles personnes à nos réflexions. C’est notamment en invitant un facilitateur des « Écolos Anonymes » que la membrane nous fut présentée. Des apports de nos formations (merci au MSEI de l’INP Toulouse) ont aussi été très bénéfiques, comme travailler l’écoute active (exercice où 2 à 3 participant·es parlent chacun·e à tour de rôle sur un sujet pendant 2 à 5 minutes) afin de prendre conscience des dynamiques de parole et aussi de travailler son attention sur les dimensions non verbales des conversations.

Notre groupe local est mouvant, comme la membrane, il vit.

Recapiti
Ethan Surin et Aurélie Genevey, membres d'ISF Toulouse