L’ancien maire Mathieu Hanotin, a signé le dernier jour de son mandat les permis de construire défigurant le bâtiment de Renée Gailhoustet, malgré tous les signes avant-coureurs de sa défaite. Comme chacun sait, il a été le lendemain sévèrement battu par la liste conduite par Bally Bagayoko. Le projet de résidentialisation et de destruction des escaliers et Promenade Haute a disparu avec lui. Toutefois, les permis signés restent valides. L’élection de Bally Bagayoko comme président de l’intercommunalité Plaine Commune, la nomination d’un nouveau directeur ou nouvelle directrice à la tête du bailleur PCH, excluent les travaux tels que le projet les organisait par délibération du conseil municipal, par ailleurs attaquée au Tribunal Administratif (TA) par l’association Ami.es de l’Îlot 8.
La nouvelle municipalité s’est engagée à effectuer la réhabilitation des appartements tant attendue, et de la dalle, sans la résidentialisation contestée, et donc sans démolitions à l’Îlot 8.
Un projet pourtant persistant
Mais l’ancien maire a fait entrer dans l’opération la SCI Basilique Commerce, qui n’entend pas renoncer à son propre permis de construire, en particulier pour installer trois restaurants, sans que les habitants soient consultés. Ce qui suppose la démolition d’un escalier majeur, tourné vers la Place Jean Jaurès, et la privatisation et acquisition du passage public dit « les Teinturières », conçu par Renée Gailhoustet pour permettre la circulation piétonne intense entre la ville, les commerces et les halls donnant accès aux appartements.
Le tracé des passages publics a été pensé par l’architecte en référence à la trame serrée des venelles du Moyen-Âge qui subsistait dans le bâti avant démolition de la ZAC. C’est une mémoire doublement historique qui disparaitrait ainsi. Trois imposantes cheminées d’évacuation pour les restaurants sont prévues sur la dalle à quelques mètres des fenêtres des locataires et de l’Hôtel Jean Jaurès, là même où l’architecte, ainsi que le projet de réhabilitation, ont conçu un jardin suspendu ouvert à la fréquentation publique, en co-visibilité qui plus est avec une échappée vers la tour de la basilique et sa flèche en construction visibles depuis la dalle.
La destruction des verrières très travaillées de Renée Gailhoustet qui animent le parcours en rez-de-dalle est également prévue pour permettre la ventilation de l’espace commercial une fois fermé le passage public qui assurait cette ventilation.
La résistance continue donc :
L’association Ami.es de l’Îlot 8 a déposé un recours gracieux et argumenté juridiquement auprès du maire contre le permis de construire, avec ses associations partenaires Sites et Monuments et DOCOMOMO, qui fait apparaître la non-conformité juridique du projet. Et à nouveau un recours contentieux au TA pour contraindre la SCI à revenir à des projets plus respectueux du caractère patrimonial des lieux d’une part, et à la mesure des besoins des habitants ensuite, la volonté de gentrification accélérée ayant disparu avec l’ancien maire. Nous avons pour cela toujours besoin de soutien financier*.
Silvia Capanema, nouvelle adjointe au maire chargée du Patrimoine, a en effet déclaré lors d’une audience à la Drac (Direction Régionale des Affaires Culturelles) vouloir mettre en valeur les différentes époques du patrimoine à Saint-Denis, depuis la basilique jusqu’à l’architecture contemporaine, dans un projet de tourisme populaire repensé, en maintenant l’îlot 8 comme espace vivant, ouvert, pour ses habitants et pour la population, un espace où des activités culturelles et sociales peuvent s’installer, lieu de balades urbaines, d’espaces verts et de jardins communs et partagés.
La première adjointe, Cécile Gintrac, en charge de l’Urbanisme a déclaré à l’association espérer que les discussions avec l’ANRU qui démarrent ces jours-ci, permettent le démarrage des travaux de réhabilitation des appartements tant attendus, ainsi que ceux de la dalle et de la place du Caquet après concertation avec les habitants. Ni PCH ni Plaine Commune n’exécuteront les travaux comme prévus dans le projet Hanotin basé sur la résidentialisation. Pour ce qui est de la SCI, ses intentions ne sont pour le moment pas connues. En attendant qu’elle enregistre la nouvelle volonté de la municipalité, il faut donc continuer la lutte.
Les Ami.es de l’Îlot 8 avaient déjà organisé une fête le 21 février dans le passage menacé, baptisé par le public « Passage des Teinturières » pour en marquer l’héritage historique et l’inscrire symboliquement dans la reconnaissance féministe contemporaine. L’association l’a récemment signalisé par des affiches et guirlandes d’étoffes colorées. Le maire et sa première adjointe se sont prêtés au jeu des selfies manifestant ainsi leur soutien... en attendant l’annulation du permis d