Restauration de la mare de Champ-Olivier et de l'adoux de la Pouzette à Crévoux - Parc naturel régional du Queyras

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La semaine de la Fête des mares, du 6 au 14 juin 2026*, est l'occasion de mettre en valeur ces petits milieux humides riches en biodiversité. Retour sur l'inauguration de la mare restaurée de Champ-Olivier de Praveyral à Crévoux, le 22 mai dernier.


Une zone humide de petite taille, mais aux nombreux services

La mare de Champ-Olivier est le seul habitat de "mare" de la vallée de Crévoux. Cette étendue d'eau de faible profondeur (inférieure 2 mètres) et à l'écoulement lent constitue un lieu de vie, de reproduction, d'alimentation et de refuge pour de nombreuses espèces. De plus, telle une éponge, elle contribue au stockage des eaux de ruissellement et à la régulation des crues, et elle permet d'épurer l'eau.
La mare de Champ-Olivier présente la particularité d'être alimentée par une résurgence de la nappe phréatique.
Cette mare est située sur le site Natura 2000 ZSC Steppique durancien et queyrassin, animé par Anne-Laure PLISSON, agente au Parc naturel régional du Queyras.

La vallée de Crévoux © PNRQ

Un habitat délaissé

Avec la modernisation de modes de vie, l'évolution des pratiques agricoles et l'arrivée de l'eau potable, les mares ont été abandonnées par l'Homme et ont perdu leurs fonctions initiales. Souvent perçues comme des zones insalubres, polluées et colonisées par des espèces végétales envahissantes, ces milieux humides ont progressivement disparu de nos paysages, par assèchement naturel ou drainage volontaire.
À Praveyral, la mare de Champ-Olivier était devenue une zone de dépôts sauvages recouverte par les orties, les arbres et les arbustes, ce qui empêchait la lumière de pénétrer. S'y accumulaient des limons agricoles et divers déchets : pneus, poteaux électriques, carcasses de voitures...

2024-2026 : Travaux de restauration et installation de panneaux d'interprétation

À partir de l'automne 2024, des travaux de débroussaillage et de curage ont été entrepris sur la mare dans le but de favoriser le retour du cortège floristique et faunistique associé, et de la mettre en valeur. Les travaux ont fait l'objet d'un chantier d'insertion porté par l'association Environnement & Solidarité. Le bois issu des actions de débroussaillement a été distribué aux habitants de la commune de Crévoux.

Panneau d'interprétation installé à proximité de la mare de Champ-Olivier © PNRQ

La réouverture du milieu a été financée à 80% par la Région dans le cadre du dispositif Natura 2000 ; l'extraction des matériaux agricoles restait à la charge de la commune. la création et la pose de panneaux d'interprétation ont quant à elles été prises en charge par l'Agende de l'Eau.
Le choix a été fait de ne pas réaliser d'aménagement autour de la mare pour ne pas favoriser la baignade. La résilience du milieu, autrement dit le retour à son état initial avec une recolonisation par des espèces animales et végétales, a été rapide et naturelle.

On distingue aujourd'hui deux secteurs :

  • Un premier, ouvert, au niveau duquel on peut observer des têtards de Grenouille rousse, des larves de Trichoptères (indice de bonne qualité du milieu), des Gerris, des papillons et libellules, ou encore des reptiles (vipères, couleuvres) - tous témoins de la réoxygénation de l'eau ;
  • Un second, plus forestier (frênes, aulnes, saulnes, prêles, menthe d'eau...), prisé des oiseaux et chauves-souris (site pour boire et chasser). Les chevreuils viennent aussi s'abreuver dans ce bosquet.

Mare de Champ-Olivier - secteur ouvert © PNRQ

Têtards de Grenouille rousse © PNRQ

Mare de Champ-Olivier - secteur fermé © PNRQ

Au besoin, des interventions régulières (e.g., tous les 10 ans) seront conduites pour maintenir l'habitat ouvert.

Ces travaux de restauration ont été menés conjointement avec la Fédération de Pêche des Hautes Alpes et l'association de pêche (AAPPMA) La Gaule embrunaise qui sont intervenus sur l'adoux, en aval, afin de rendre le site adéquat à la nidification des poissons.

L'adoux de la Pouzette, "de l'or entre les mains"

(Dewis DAVUDIAN, chargé de développement à la Fédération de Pêche des Hautes-Alpes)

L'adoux de la Pouzette, long de 500 mètres, connecte la mare au torrent. Il s'agit d'une résurgence d'eau souterraine alimentée par la nappe phréatique alluviale - et non par les précipitations d'un bassin versant. Le débit et la température de l'eau varient peu, comparés à ceux du torrent de Crévoux. L'eau reste fraîche toute l'année : entre 7 et 10°C. Ainsi, l'eau qui s'écoule dans l'adoux est filtrée et riche en nutriments.
En plus de constituer un soutien pour la rivière en période de basses eaux (en fin d'été ou en hiver), l'adoux est une zone d'alimentation, de refuge et de reproduction pour la Truite fario méditerranéenne. En effet, la stabilité du cours d'eau est favorable à la survie des œufs et à l'accueil des alevins.

L'adoux de la Pouzette © PNRQ

Panneau sur la Truite fario méditerranéenne © PNRQ

La Truite fario méditerranéenne, un poisson endémique de chaque cours d'eau des Hautes-Alpes

Lors de la dernière glaciation, il y a plus de 20 000 ans, la Truite fario méditerranéenne (Salmo trutta fario) s'est réfugiée en mer Méditerranée. Par la suite, lorsque l'espèce a recolonisé les cours d'eau, chaque population a évolué de façon isolée dans chacune des vallées des Hautes-Alpes. C'est le cas dans le torrent de Crévoux. La Truite fario méditerranéenne ne se reproduit pas avec la Truite arc-en-ciel, qui n'est pas adaptée pour remonter les torrents.

Les populations originelles, sauvages, de Truite fario méditerranéenne font donc l'objet d'une gestion patrimoniale, via des actions de réhabilitation des milieux et de conservation de la continuité écologique. Ainsi, sur l'adoux de la Pouzette, du reméandrage a notamment été réalisé.

Les mesures mises en place pour favoriser les populations de Truite fario méditerranéenne bénéficient aussi à d'autres espèces : on dit que la Truite fario méditerranéenne est une espèce parapluie.

Un site d'accueil du public

Outre une diversité biologique non négligeable, les mares abritent une richesse culturelle indéniable : elles représentent des espaces d'émerveillement et de partage intergénérationnels, et elles permettent de se reconnecter à la nature.
Le projet de restauration de la zone humide de Praveyral et son intérêt écologique ont été mis en valeur par la création d'un chemin pédagogique allant du moulin à eau de Praveyral jusqu'au torrent. Anne-Laure PLISSON, Dewis DAVUDIAN et Audrey LEJEUNE, maire de Crévoux, ont émis le souhait de faire de ce site un lieu familial et d'y accueillir des scolaires. Cette volonté a été approuvée par Valérie ROSSI, députée de la 2ème circonscription des Hautes-Alpes, présente à l'inauguration, et par les habitants qui avaient fait le déplacement.

Audrey LEJEUNE présentant le projet, en présence de Valérie ROSSI (députée de la 2ème circonscription des Hautes-Alpes), de la maire de Baratier, d'Anne-Laure PLISSON (Natura 2000), de Dewis DAVUDIAN (Fédération de Pêche des Hautes-Alpes) et d'habitants de Crévoux © PNRQ

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