Raphaelle Saint-Pierre
Publié le 6 mai 2026 à 11h55
En Île-de-France, à Châtenay-Malabry et Vigneux-sur-Seine notamment, plusieurs bâtiments du patrimoine moderne sont touchés par des permis de démolir. Ces opérations, inscrites dans des programmes de renouvellement urbain, suscitent l’inquiétude des associations qui plaident pour des mesures de protection renforcées.
Neuf bâtiments de la cité-jardin de la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) sont promis à la démolition pour laisser la place à des "immeubles de promoteurs" © SPPEF
Les premiers permis de démolir concernant neuf bâtiments de la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) sont sur le bureau du préfet du département. Ils ont été déposés dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) par le bailleur Hauts-de-Bièvre Habitat, avec le soutien de la municipalité (qui n’a pas donné suite aux demandes du « Moniteur »). Situés le long de l’avenue de la Division-Leclerc, les bâtiments concernés seront remplacés par des immeubles de promoteurs dans le but affiché d’apporter de la mixité sociale. De nombreux autres édifices ont déjà été murés et le quartier souffre depuis longtemps d’une absence d’entretien.
Construite entre 1931 et 1965 par les architectes Joseph Bassompierre-Sewrin, Paul de Rutté, André Arfvidson, Paul Sirvin et le paysagiste André Riousse, la cité-jardin a été labellisée Architecture contemporaine remarquable en 2017. Elle représente toujours un modèle exceptionnel tant sur le plan architectural qu’environnemental. Ses immeubles, répartis sur 70 ha de vallons boisés et aux typologies variées offre une réelle unité esthétique et chromatique.
Les associations Sauvons la Butte Rouge, Châtenay Patrimoine Environnement (ACPE), Docomomo France, Sites et Monuments et la fédération Patrimoine-Environnement ont déposé un recours devant le Conseil d’État pour contester le périmètre du site patrimonial remarquable (SPR), créé en 2024. « Ce SPR ne couvre que très partiellement le site et reste, de surcroît, virtuel car le règlement du plan de valorisation de l’architecture et du patrimoine n’est pas encore établi », expliquent Benoît Pouvreau et Laurence Dronne, coprésidents de Docomomo France. Le Conseil d’État a déféré ce dossier au tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Par ailleurs, pour les responsables de l’association, « les permis étant en cours d’instruction, seule une instance de classement au titre des monuments historiques pourrait sauver la cité-jardin ». Docomomo a donc saisi la ministre de la Culture, Catherine Pégard.
Les Briques Rouges aussi
Une instance de classement, c’est aussi ce que demande la députée de l’Essonne Julie Ozenne (Les Écologistes) dans une lettre du 14 avril au président de la République Emmanuel Macron pour le quartier des Briques Rouges à Vigneux-sur-Seine (Essonne) et l’ancienne Caisse primaire d’assurance maladie. Elle est soutenue par Agnès Chemetoff, fille de Paul Chemetov, Docomomo France et l’Association des amis de Paul Foujino.
Logements et équipements de ce quartier ont été réalisés de 1964 à 1967 par l’Atelier d’urbanisme et d’architecture (AUA) et, en particulier par Paul Chemetov (1928-2024) et Jean Deroche (né en 1931). Depuis, les bâtiments d’habitation ont été labellisés Architecture contemporaine remarquable. Aujourd’hui, le foyer des anciens, le centre commercial et l’immeuble de logement le plus haut (R+9) sont visés par des permis de démolir pour laisser place à une opération de logements en accession dans le cadre d’un projet de rénovation urbaine.
Pour la CPAM, construite en 1972, l’entreprise chargée de la démolition est déjà en cours de désignation. Cet édifice qui s’étend à l’horizontale, sur un promontoire enherbé, a des allures de villa moderniste, avec ses baies vitrées et son œuvre murale extérieure de l’artiste Paul Foujino. Mais la communauté d’agglomération Val d’Yerres Val de Seine a lancé en juin 2024, en concertation avec la Ville, un concours restreint pour la construction d’un centre culturel sur son emprise. « Mettre un équipement emblématique à cet emplacement est essentiel pour Vigneux qui réclame un centre-ville », justifie Patrick Dubois, adjoint au maire chargé de l’urbanisme. « Il faut continuer de se battre contre l’ignorance et le gâchis économique et environnemental ! », insiste de son côté Agnès Chemetoff.
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