Le refuge du Goûter mis hors service depuis 2014 Quel avenir pour les refuges construits par composants ?

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Le prochain démontage du refuge du Goûter est l’occasion de rappeler la dimension patrimoniale de cette construction « hors norme ».

Le refuge du Goûter. Carte postale « refuge de l’Aiguille du Goûter (3817 m.) – Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie) ». Éditions et cliché FUMEX – Saint-Gervais – 1963 Document J.-F. Lyon-Caen

L’entrée du refuge du Goûter, côté aval, © Franck Trabouillet photographe, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, ADAGP 2019.

La construction du refuge du Goûter

Édifié en 1960 et 1961, le « Goûter » couronne le programme de construction et de modernisation des refuges du massif du Mont-Blanc engagé, après la guerre, par le Club alpin Français (CAF) et la compagnie des Guides de Chamonix : agrandissement du refuge du Couvercle en 1952 (2687 m d’altitude), construction du refuge de l’Envers des Aiguilles en 1957 (2500 m d’altitude), agrandissement du refuge Albert 1er en 1958 (2702 m d’altitude), reconstruction du refuge des Grands Mulets en 1958-1959 (3057 m d’altitude) …
Alors que la plupart d’entre eux sont en maçonnerie de pierres et/ou de béton, le refuge du Goûter a été édifié par l’emploi de composants industriels acheminés sur le site par héliportage (charpente métallique, couverture en aluminium, panneaux de façade composite en contreplaqué, isolant et plaques de duraluminium…). Ce fut également le cas du refuge des Grands Mulets.

Assemblage des composants de la charpente métallique du refuge du Goûter, 1960 ; archives privées Belle-Clot, © Éric Dessert photographe, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, ADAGP 2019

Il s’agissait alors d’une innovation très importante : appliquer à la conception du refuge les techniques de la construction par composants.
Les deux refuges ont été conçus par l’architecte François Lederlin (1922-2002) qui a œuvré à la construction des refuges du CAF de 1952 à 1975. Pour le Goûter, comme pour les Grands-Mulets, il fait appel à un carrossier de Grenoble (constructeur d’autocars, de cabines de téléphériques et de télécabines…) : les frères Belle-Clot, Elie Belle-Clot (1925-2004) et Henri Belle-Clot (1927-2005) effectuent préalablement l’assemblage des composants dans leur atelier, puis le montage in situ, grâce à une équipe de monteurs piémontais.

Assemblage du refuge du Goûter dans la cour des ateliers Belle-Clot à Grenoble, 1960, archives privées Belle-Clot, © Éric Dessert photographe, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, ADAGP 2019

Approvisionnement du chantier du refuge du Goûter, 1960, archives privées Belle-Clot, © Éric Dessert photographe, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, ADAGP 2019

Assemblage sur chantier des composants de la charpente métallique du refuge du Goûter, 1960 ; archives privées Belle-Clot, © Éric Dessert photographe, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, ADAGP 2019

Les refuges, Grands Mulets et Goûter, d’une conception quasi identique, ont été construits à deux ans d’intervalle à la demande du Club alpin français avec le soutien financier des pouvoirs publics, suscitant l’admiration de ceux-ci pour la modernité et le confort qu’ils offraient aux alpinistes, toujours plus nombreux à vouloir faire l’ascension du mont Blanc. Les deux chantiers sont approvisionnés par hélicoptère : un mode de transport retenu pour la première fois dans la construction des refuges alpins.

Refuge des Grands Mulets, © Franck Trabouillet photographe, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, ADAGP 2019

La technique de construction par composants métalliques n’était pas nouvelle. Dès 1938, elle est adoptée pour le refuge Vallot (4350 m d’altitude), conçu par l’ingénieur, industriel et alpiniste Paul Chevalier (1883-1967), et à titre expérimental pour monter le « refuge bivouac » sur la crête du mont Joly (2280 m d’altitude) : le petit refuge élaboré par les architectes Pierre Jeanneret (1896-1967) et Charlotte Perriand (1903-1999).

De haut en bas : refuge Vallot (1938) conçu par Paul Chevalier ingénieur, avec la société STUDAL, sanitaires (2017) et observatoire Vallot (1888), © Franck Trabouillet photographe, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, ADAGP 2019

La construction de refuges par composants bois ou métal

Plus récemment, une approche comparable avec des composants plus légers, en bois ou en métal, fut adoptée par le CAF et le parc national de la Vanoise (PNV).
Pour le refuge de Chabourénou (2020 m d’altitude, dans le massif des Écrins), François Lederlin et le charpentier menuisier Michel Georges (1936-2023) conçoivent, en 1969, une charpente composée uniquement de pièces de bois de sections réduites à 24 mm d’épaisseur.

Salle commune largement vitrée du refuge de Chabournéou, © Éric Dessert photographe, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, ADAGP 2017

Fabriquées en atelier puis déposées sur le chantier, les pièces sont assemblées en quelques semaines. Le faible poids des composants réduit les efforts de levage à déployer : le montage peut être réalisé manuellement à l’aide d’un marteau et d’un tournevis.

Pour reconstruire le refuge des Évettes (2594 m d’altitude), en 1970, l’architecte Guy Rey-Millet (1929-2017) adopte des composants en aluminium mis au point par les ingénieurs Léon Pétroff (1925-2016) et Jean Prouvé (1901-1984) qui seront assemblés en un temps record : trois ouvriers pendant seulement trois semaines. Construction rencontrant à nouveau la satisfaction du CAF et des pouvoirs publics, au point qu’elle sera renouvelée en 1972 pour l’agrandissement du refuge du col de la Vanoise (2304 m d’altitude).

Salle commune du refuge des Évettes, © Franck Trabouillet photographe, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, ADAGP 2018

Assemblage sur chantier du refuge des Évettes, 1969. Fonds Jean Masson, AD Meurthe et Moselle, © Jean Masson, 1969

Acheminement par hélicoptère des modules tridimensionnels sur le chantier du refuge des Évettes, 1969, © Jean Masson, extrait de Peter Sulzer, Jean Prouvé, œuvre complète, volume4 :1954-1984, Birkhaüser éditeur 2008, p243

En même temps que sont aménagés 400 km de sentiers de randonnée dans le parc de la Vanoise, le PNV construit en dix ans, de 1968 à 1978, 30 refuges dont 19 sont édifiés par composants en bois : d’une superficie de 48 m2, ils sont conçus par André Lepesant, architecte (1923-1978) et réalisés par le charpentier Jean-Marie Chaloin (1936-2019). Composées de fermettes et de panneaux en bois contrecollés fabriqués en atelier, les pièces sont assemblées sur le site, le refuge étant livré trois semaines plus tard. La simplicité de ces chantiers encourage le CAF, suivi par des associations et des communes, à construire ce « modèle » de refuge dans d’autres massifs montagneux.

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SPPEF Sites & Monuments