Le soutien à l’informatique quantique : premier bilan et perspectives

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Technologie de rupture aux applications potentielles majeures dans les transports, la finance, la défense, la santé ou encore la conception de nouveaux matériaux, l’informatique quantique constitue un enjeu majeur de souveraineté. Pour soutenir le développement des technologies quantiques, la France a lancé en 2021 une stratégie nationale quantique (SNQ), dotée pour la période 2021-2025 de 1,8 Md€, dont 1,5 Md€ de fonds publics. L’informatique quantique concentre 86 % des fonds et 597 M€ ont été engagés à ce titre au 31 décembre 2025. Le présent rapport est issu d’un audit conduit parallèlement à une enquête du Bundesrechnungshof (BRH) allemand, dans un contexte d’intérêt croissant des institutions supérieures de contrôle européennes pour ces technologies. La Cour constate que la SNQ, conçue de manière équilibrée et efficacement pilotée, a permis de conforter les atouts scientifiques de la France et de faire émerger un écosystème industriel prometteur. Elle n’est toutefois plus adaptée à l’accélération de la concurrence internationale et aux besoins de passage à l’échelle du secteur. Alors qu’une nouvelle enveloppe de 1 Md€ a été annoncée en mai 2026 pour l’ensemble des technologies quantiques d’ici 2030, dont la répartition n’a pas encore été précisée, la France doit désormais mobiliser davantage de capitaux privés, préciser ses choix stratégiques et développer des partenariats européens. 

Une excellence académique ancienne conjuguée à l’espoir d’une technologie de rupture à moyen terme
Fruit de plus d’un siècle de recherche en physique fondamentale, à laquelle la France a largement contribué, l’informatique quantique constitue une technologie de rupture susceptible d’offrir, à long terme, des rendements bien supérieurs au perfectionnement de technologies déjà maîtrisées. En exploitant les propriétés des qubits, l’ordinateur quantique pourrait accomplir certaines tâches nécessitant aujourd’hui des centaines, voire des milliers d’années de calcul et ouvrir la voie à de nombreuses applications : conception de médicaments, de matériaux, de batteries ou d’engrais, optimisation des transports et des processus industriels, mais aussi bouleversement des systèmes de cryptographie. Le seuil à partir duquel un ordinateur quantique pourrait présenter un avantage sur l’informatique classique est estimé à une centaine de qubits, tandis que les objectifs d’exploitation se situent davantage autour de 2 000 qubits. Dans cette course technologique la France dispose d’atouts scientifiques et industriels importants. La stratégie nationale quantique a permis de mieux coordonner des financements auparavant dispersés et de fédérer les acteurs sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Des verrous scientifiques et techniques subsistent néanmoins et l’impact énergétique de ces équipements demeure incertain, mais la France a des atouts dans ce domaine avec l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables. L’émergence d’un ordinateur d’une puissance suffisante est envisagée entre 2030 et 2035, faisant de la maîtrise de cette technologie un enjeu majeur de souveraineté.

Un financement qui repose principalement sur des investissements non pérennes
L’essentiel des financements publics consacrés à l’informatique quantique provient des crédits du plan France 2030, dont le suivi est centralisé par le secrétariat général pour l’investissement. Ces crédits ont permis de financer des programmes pluriannuels longs et complexes, selon un équilibre entre subventions, avances remboursables et commande publique. Ils ne constituent toutefois pas des ressources pérennes, tandis que les aides fiscales, les soutiens régionaux et les fonds européens demeurent complémentaires. Une enveloppe supplémentaire d’1 Md€, également financée sur les crédits du plan France 2030 a été annoncée fin mai 2026 par le président de la République pour l’ensemble des technologies quantiques. La part qui sera consacrée à l’informatique quantique n’a pas encore été précisée, ni les étapes de son déploiement. La Cour appelle donc à inscrire le soutien de l’État dans une trajectoire durable, fondée sur une évaluation et une révision régulière des besoins. Elle recommande également de renforcer l’effet de levier sur les financements privés, d’accroître la part des avances remboursables par rapport aux subventions, de recourir davantage 
à la commande publique, notamment à travers le programme PROQCIMA, et d’améliorer le suivi consolidé de l’ensemble des financements.

Un soutien public important sur l’ensemble de la chaîne de valeur qui ne peut compenser la faiblesse de l’investissement privé
La stratégie nationale quantique a soutenu l’ensemble de la chaîne de valeur, de la formation à l’industrialisation. Le programme QuanTEdu-France a permis d’étoffer et d’adapter l’offre de formation : 37 programmes de master, dont 13 sont consacrés aux technologies quantiques, accueillent près de 1 100 étudiants. Toutefois, l’incertitude qui pèse sur une partie des financements à compter de la rentrée 2028 limite la capacité à ajuster durablement cette offre. Dans le domaine de la recherche, le programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) consacré au quantique a trouvé un équilibre entre recherche dirigée et exploratoire et favorisé une coopération étroite entre le CNRS, le CEA, l’Inria, les laboratoires et les entreprises. Cette politique a produit des résultats scientifiques notables, contribué à la création d’emplois qualifiés et fait émerger un tissu dynamique de startups. Celui-ci reste néanmoins fragile : en l’absence d’un marché suffisamment développé et d’investissements privés à la hauteur des besoins, les fabricants de machines intégrées demeurent fortement dépendants des fonds publics, tandis que la France accuse un léger retard dans les logiciels. Les technologies habilitantes représentent, à l’inverse, un marché déjà rentable et constituent un enjeu de souveraineté. La Cour recommande de renforcer dès la rentrée 2027 les formations en architecture, correction d’erreurs et pile logicielle, ainsi que le suivi des entreprises du secteur.

L’investissement limité de la France par rapport à ses principaux concurrents, à l’approche de la phase de concentration des acteurs
Face aux États-Unis et à la Chine, qui disposent de capacités d’investissement sans commune mesure, la position française dans la course à l’ordinateur quantique demeure fragile. Alors que le secteur entre dans une phase de passage à l’échelle et de concentration, la mobilisation de capitaux français et européens devient indispensable pour assurer la montée en puissance des entreprises et préserver les bénéfices de la recherche publique. Parmi les 11 entreprises d’informatique quantique cotées en bourse, aucune n’est européenne. Cette situation illustre la faiblesse des marchés de capitaux européens, alors que le marché mondial de l’informatique quantique, estimé à 1,1 Md€ début 2025, pourrait atteindre entre 8,7 et 13 Md€ d’ici 2035. Ce marché ne pouvant être viable à la seule échelle nationale, la France a vocation à devenir un pilier européen du calcul quantique. Dans une Europe encore insuffisamment coordonnée, elle devra définir ses priorités, en combinant, le cas échéant, une spécialisation sur certaines technologies et des alliances industrielles. La Cour recommande ainsi de construire d’ici 2028 des partenariats européens ciblés, fondés notamment sur des technologies complémentaires et un partage équilibré de la valeur.

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