Maroc : détention arbitraire et harcèlement judiciaire du cinéaste et rappeur El Mahdi Lyoubi en lien avec son travail artistique et son soutien au mouvement GenZ 212

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MAR 002 / 0726 / OBS 38
Arrestation arbitraire /
Détention arbitraire /
Harcèlement judiciaire /
Intimidation /
Restriction à la liberté d’expression
Maroc
29 juillet 2026

L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, un partenariat de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence concernant la situation suivante au Maroc.

Description de la situation :

L’Observatoire a été informé de l’arrestation arbitraire de M. El Mahdi Lyoubi, connu sous le nom de scène “Mehdi Black Wind”, cinéaste, réalisateur documentariste, musicien et défenseur des droits humains marocain, actuellement placé en détention provisoire à la prison d’Oukacha à Casablanca.

Le 10 juillet 2026, alors qu’il s’apprêtait à embarquer à l’aéroport de Rabat pour rentrer à Marseille à l’issue d’une visite familiale et de repérages pour son prochain film documentaire, El Mahdi Lyoubi a vu son passeport tamponné avant d’être intercepté par un policier qui lui a notifié une interdiction de quitter le territoire marocain, sans la moindre explication. Conduit au commissariat de Salé, il a reçu une convocation à se présenter le lundi 13 juillet à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) de Casablanca. Cette convocation ne précisait ni les motifs de l’enquête ni l’identité de l’officier en charge du dossier. Le 13 juillet 2026, El Mahdi Lyoubi a été interrogé tout au long de la journée à la BNPJ, puis placé en garde à vue le soir même. Sa famille n’a été informée de son arrestation que tardivement dans la soirée.

Le 15 juillet 2026, El Mahdi Lyoubi a été présenté au procureur, qui l’a placé en détention provisoire et l’a déféré en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Casablanca. Sa famille et ses proches n’ont appris que dans l’après-midi qu’il comparaîtrait devant le tribunal le jour même. L’audience a constitué la première occasion pour sa famille et ses soutiens, présents en nombre, de le voir depuis son placement en garde à vue. El Mahdi Lyoubi a refusé de comparaître en l’absence de représentation juridique, en raison de la grève des avocat·es en cours au Maroc depuis plus d’un mois. Le tribunal a renvoyé l’examen de l’affaire au 22 juillet 2026, afin qu’il puisse constituer sa défense. Dans l’attente de son procès, il a été transféré à la prison d’Oukacha à Casablanca. Selon les informations recueillies auprès du comité de sa défense, El Mahdi Lyoubi serait poursuivi pour « outrage à une institution constitutionnelle » en vertu de l’article 179 du Code pénal et sur la base des paroles de ses chansons. Cet article prévoit une peine pouvant aller jusqu’à quatre ans d’emprisonnement.

Le 22 juillet 2026, El Mahdi Lyoubi a comparu devant le tribunal de première instance d’Aïn Sebaa. À sa demande, l’audience a été renvoyée au 31 juillet 2026, afin de lui permettre de préparer sa défense, la grève nationale des avocat·es ne lui ayant toujours pas permis de bénéficier d’une représentation juridique et, par conséquent, de jouir pleinement de ses droits de la défense. En fin d’audience, le tribunal a rejeté la demande de mise en liberté provisoire présentée par sa famille. Au moment de la publication de cet appel urgent El Mahdi Lyoubi demeure en détention provisoire à la prison d’Oukacha.

L’Observatoire rappelle que la détention d’El Mahdi Lyoubi ne constitue pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans le contexte d’une répression systématique de l’expression artistique et de la dissidence civique au Maroc, qui s’est intensifiée depuis l’émergence du mouvement GenZ 212 à l’automne 2025. Ce mouvement, coordonné par des jeunes sur les réseaux sociaux et via des groupes Discord, a rassemblé plus de 185 000 participant·es et a entraîné la mise en détention de plus de 1 000 personnes, certain·es ayant été condamné·es à des peines allant jusqu’à 15 ans d’emprisonnement pour « entrave à la circulation sur la voie publique au moyen de barricades ».

L’Observatoire note que la détention d’El Mahdi Lyoubi constitue une privation arbitraire de liberté en violation des obligations constitutionnelles et internationales du Maroc. L’Observatoire condamne ainsi fermement la détention arbitraire d’El Mahdi Lyoubi et considère que les poursuites engagées à son encontre semblent uniquement viser à le sanctionner pour l’exercice légitime de ses activités artistiques et de défense des droits humains.

L’Observatoire exhorte les autorités marocaines à libérer immédiatement El Mahdi Lyoubi et à abandonner l’ensemble des charges retenues contre lui et à mettre fin à toute forme de harcèlement judiciaire à son encontre.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités marocaines en leur demandant de :

 Libérer immédiatement et sans condition El Mahdi Lyoubi, dont la détention apparaît constituer une privation arbitraire de liberté résultant directement de l’exercice légitime de sa liberté d’expression à travers son travail artistique ;
 Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et le bien-être psychologique d’El Mahdi Lyoubi et de l’ensemble des défenseur·es des droits humains au Maroc ;
 Abandonner l’ensemble des charges retenues contre El Mahdi Lyoubi et mettre fin à toutes les poursuites judiciaires engagées contre lui ;
 Assurer le strict respect des libertés fondamentales et en particulier garantir en toutes circonstances le respect des droits à la liberté de pensée, d’opinion et d’expression tels que garantis par l’article 25 de la Constitution du Royaume du Maroc et l’article 19 du PIDCP, auquel le Maroc est partie ;
 Garantir en toutes circonstances que l’ensemble des défenseur·es des droits humains et des artistes au Maroc puissent exercer leurs activités légitimes — y compris l’expression de positions politiques à travers le travail artistique — sans crainte de poursuites pénales, de détention arbitraire ou de surveillance.

Adresses :

• M. Aziz Akhannouch, Premier Ministre du Maroc, X : @ChefGov_ma
• M. Abdellatif Ouahbi, Ministre de la Justice du Maroc. Email : mjustice@justice.gov.ma
• M. Nasser Bourita, Ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger. Email : ministere@maec.gov.ma
• Conseil national des droits de l’Homme. Email : cndh@cndh.org.ma
• M. Omar Zniber, Représentant permanent du Maroc auprès de l’Office des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève. Email : maroc.ge@maec.gov.ma
• M. Allal Ouazzani Touhami, Ministre plénipotentiaire et chargé d’affaires du Maroc, Mission du Maroc auprès de l’UE et de l’OTAN. Email : mission.ue@maec.gov.ma

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Maroc dans vos pays respectifs.
***
Paris, Genève, le 29 juillet 2026

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire, partenariat de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseur·es des droits humains victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible. La FIDH et l’OMCT sont membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseur·es des droits humains mis en œuvre par la société civile internationale.

Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :
· E-mail : alert@observatoryfordefenders.org
· Tel FIDH : +33 1 43 55 25 18
· Tel OMCT : + 41 22 809 49 39

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Recapiti
Hugo GABBERO