La chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes a procédé, dans le cadre de son programme de travail, au contrôle des comptes et de la gestion du musée des musiques populaires par la communauté d’agglomération « Montluçon Communauté », pour les exercices 2019 et suivants.
Le musée des musiques populaires (MuPop), situé à Montluçon et géré par la communauté d’agglomération Montluçon communauté, est labellisé « musée de France ». À ce titre, il est tenu de conserver scientifiquement et de valoriser les collections qui bénéficient d’un statut protecteur et de les rendre accessibles au public le plus largement possible.
Il occupe, dans le centre historique de la commune, un bâtiment installé dans deux anciens hôtels particuliers (Charnisay et Méchain), auxquels a été adossée une construction contemporaine. Ouvert au public en juin 2013, il conserve et valorise quelque 3 500 objets.
Une gestion communautaire des collections professionnelle, malgré un transfert de compétence restant encore à conduire à terme
Le MuPop a été déclaré d’intérêt communautaire en 2012. La compétence transférée par suite à la communauté d’agglomération a entraîné de droit la mise à sa disposition immédiate de ses collections. Aucun procès-verbal n’a cependant été établi à cet effet – précisant la consistance, la situation juridique et l’état des biens concernés – entre la commune et l’établissement public de coopération intercommunale, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 1321 1 du code général des collectivités territoriales (CGCT). La liste des biens mis à disposition dressée lors du transfert de compétence n’a du reste pas été actualisée depuis 2012, malgré les acquisitions d’œuvres intervenues depuis lors.
La communauté d’agglomération ne s’est pas encore appropriée, en tous ses effets et éléments constitutifs, la compétence qui lui a été transférée. En particulier, la commune continue d’assumer les acquisitions et les prêts d’œuvres, sans fondement légal, ne disposant pas plus de la compétence en matière muséale que des collections, transférées à l’intercommunalité depuis 2012.
Pour le reste, la gestion courante des collections est assurée de façon professionnelle. Le musée est en outre doté d’un plan de sauvegarde des œuvres, devant permettre de faire face à des situations susceptibles de menacer les biens d’intérêt patrimonial.
Un musée qui manque de stratégie et d’outils de pilotage
Montluçon Communauté n’a pas défini de stratégie de développement du musée et son projet de territoire, récemment adopté, n’aborde la thématique de la culture qu’en termes d’orientations générales.
Le projet scientifique et culturel du musée, validé dès 2008 en anticipation d’une ouverture intervenue en 2013, n’a jamais été actualisé depuis lors. Ce document, dont l’élaboration est obligatoire selon les exigences du code du patrimoine, constitue pourtant un élément fondamental en ce qu’il doit définir les axes prioritaires, stratégiques et opérationnels, sur la base d’un état des lieux qui reste à dresser, près de 13 ans après l’ouverture de l’établissement.
Certes, le musée retrace régulièrement l’activité de la saison écoulée, mais de façon descriptive et sans dimension évaluative. C’est particulièrement le cas pour les actions de médiation ou pour les expositions temporaires organisées à raison d’une par an, ou encore les événements qu’il porte comme le « Guitar fest » : aucun bilan n’est établi en matière d’appréciation de leur portée, de notoriété, de mesure de fréquentation, ou de conquête de nouveaux publics. L’organisation des expositions temporaires ne répond pas, au demeurant, à des objectifs préalablement définis, notamment en termes de développement de la fréquentation, d’accueil de nouveaux publics, de mise en valeur spécifique de certains caractères des collections, etc.
Une fréquentation modeste
Malgré un objectif de 40 000 visiteurs par an assigné lors de l’ouverture du musée, la fréquentation annuelle n’a jamais dépassé 25 000 visiteurs, à l’exception de l’année 2015. Elle n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant crise sanitaire de 2020-2021.
Le musée ne connaît pas (ou très peu) le profil de ses visiteurs. Il se trouve ainsi démuni pour identifier les axes d’actions susceptibles d’élargir et diversifier les publics accueillis.
Les actions de médiation sont variées, bien que demeurant pour l’essentiel tournées en direction des scolaires et des jeunes. L’offre reste modeste pour ce qui est des publics éloignés.
Un coût du service marginalement porté par le visiteur
Le coût brut du musée par visiteur a été estimé par la chambre à 65 € (60 € hors période de crise sanitaire). Il est cependant purement indicatif, en l’absence de tenue d’une comptabilité analytique permettant d’établir un coût complet du service.
Il s’explique par la faible fréquentation et une structure des dépenses où prédominent les frais de personnel et de gestion du bâtiment, largement contraints. Le poids non négligeable des dépenses de communication représente de l’ordre de 12 % du total.
Le coût du service muséal n’est que faiblement supporté par le visiteur, ainsi qu’il en va pour la plupart des musées, à hauteur de 10 % tout au plus. Il est en conséquence principalement porté par le contribuable et l’ensemble des ressources sans affectation spéciale de la communauté d’agglomération.
RECOMMANDATIONS
Recommandation n° 1. (performance) : Actualiser le projet scientifique et culturel du musée des musiques populaires, qui date de 2009.
Recommandation n° 2. (régularité) : Mettre à jour et actualiser régulièrement la liste des biens concernés par le transfert de compétences, et traduire comptablement la mise à disposition des biens (au bénéfice de la communauté d’agglomération), conformément à l’instruction budgétaire et comptable M 57 (Tome I, Titre 3, chapitre 2, 2 – compte 21).
Recommandation n° 3. (régularité) : En conséquence du transfert de compétences, s’approprier la politique d’enrichissement des collections et procéder aux acquisitions d’œuvres, conformément au principe posé à l’article L. 441 2 du code du patrimoine.
Recommandation n° 4. (performance) : Mener une étude sur les publics permettant de mieux connaître leurs besoins et d’identifier les potentiels de développement.