Le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027, actuellement en cours d’élaboration par le gouvernement pour une présentation au Parlement à l’automne 2026, place le budget des retraites au cœur des discussions budgétaires. Dans un contexte de forte pression sur les comptes publics, Bercy étudie plusieurs pistes pour réaliser des milliards d’euros d’économies.
PLFSS = DANGER
La piste principale : une désindexation ou sous-indexation des retraites en 2027 : Les Professions Libérales dans le viseur
Le débat a été relancé au mois d’août par le ministre de l’Économie, Roland Lescure, qui a évoqué une « indexation plus modérée » des pensions des retraités aisés. Le gouvernement n’a, à ce stade, arrêté ni le seuil de pension concerné, ni le taux de sous-indexation, ni le dispositif définitif. L’Institut des politiques publiques confirme qu’il s’agit actuellement d’une piste d’économie examinée pour le budget 2027. Le principe actuel est que les pensions de retraite de base sont revalorisées selon l’évolution des prix. La piste gouvernementale consisterait à :
- appliquer aux pensions plus élevées une revalorisation inférieure à l’inflation ;
- éventuellement aller jusqu’au gel de certaines pensions au-delà d’un certain montant.
Plusieurs seuils ont circulé dans la presse (2 000 €, 3 000 € mensuels notamment).
Est-on riche à 3.000 € ?
Est-on riche avec 3000 € de pension par mois après 45 ans d’une pratique professionnelle exigeante ? Le gouvernement ignore lui-même toujours qui sont ces « retraités aisés ».
Aucun seuil précis n’ayant été fixé pour cette mesure. Aucun critère objectif. Aucun chiffre officiel. Le gouvernement avance masqué, et pour cause : toute définition explicite déclencherait une révolte.
La réforme du cumul Emploi-Retraite :une réduction possible de 50 % de la retraite.
L’article 102 de la LFSS pour 2026 a profondément modifié le cumul emploi-retraite pour les personnes qui liquideront leur retraite à compter du 1er janvier 2027. Service-Public et la CNAVPL ont confirmé les nouvelles règles.
Le système actuel de cumul intégral/cumul plafonné est remplacé par un système principalement fondé sur l’âge du retraité.
Avant l’âge légal
Si une personne liquide sa retraite puis reprend une activité avant l’âge légal, sa pension sera réduite à concurrence de ses revenus professionnels et de certains revenus de remplacement.
Autrement dit, le mécanisme devient extrêmement dissuasif puisque tout revenu professionnel entraînera le même montant de d=réduction de la pension 1 € de revenu professionnel peut entraîner 1 € de réduction de pension.
Entre l’âge légal et 67 ans
La CNPL qui a créé en 2009 le cumul emploi-retraite pour les professions libérales n’admettra pas un démantèlement de ce système juste et utile
Le dispositif sera particulièrement pénalisant pour les professions libérales !
Le retraité pourra poursuivre une activité et percevoir sa pension, mais, au-delà d’un seuil de revenus fixé par décret, sa pension sera réduite de 50 % du dépassement.
Le seuil de 7 000 € par an est celui retenu dans le dossier de présentation de la réforme et repris par les documents officiels. Il doit être fixé réglementairement, Ceci constitue une véritable spoliation puisque cela correspond à une pension de 583 euros par mois !
C’est la CNPL qui, en 2009 a préparé, proposé, négocié et fait voter la création d’un principe de cumul emploi-retraite qui était alors qualifié de « retraité libéral actif »
Nous accompagnons les réformes mais nous sommes trompés en permanence !
Des conséquences particulièrement préjudiciables aux professions libérales
C’est ici que le sujet devient particulièrement sensible.
Les professions libérales ont un système de retraite atypique : elles disposent d’un régime de base commun géré par la CNAVPL, mais également de régimes complémentaires autonomes gérés par leurs caisses professionnelles.
C’est précisément ce caractère autonome que la CNPL a défendu avec force lors de l’adoption de la LFSS 2026. La CNPL a notamment saisi le Conseil constitutionnel en considérant que la LFSS portait atteinte à ses régimes complémentaires, historiquement situés en dehors du champ de la LFSS.
À partir de 2027, pour un nouveau retraité âgé de 64 à 67 ans, la poursuite d’une activité professionnelle pourra entraîner une réduction quasiment confiscatoire de la pension, avec trois conséquences toutes aussi préjudiciables à l’équilibre social:
- désinciter certains professionnels à liquider leur retraite ;
- désinciter d’autres à poursuivre leur activité ;
- conduire certains professionnels à choisir entre retraite et activité alors que le cumul permettait précisément une transition progressive.
Ce troisième effet est particulièrement préoccupant pour l’équilibre des caisses et l’activité libérale au profit des usagers.
- Les Professions de santé, donc les patients à nouveau pénalisés.
- Pour les médecins, chirurgiens-dentistes, infirmiers, pharmaciens, masseurs-kinésithérapeutes, la capacité de répondre à une demande de soins toujours plus exigeante s’adosse à des professionnels retraités qui continuent à exercer quelques jours par semaine.
- La CARMF a explicitement alerté sur le risque que le nouveau dispositif conduise certains médecins à cesser leur activité plus tôt, avec un effet négatif à la fois pour les professionnels et pour l’accès aux soins.
- Le gouvernement a d’ailleurs prévu des travaux réglementaires pour instaurer des dérogations à l’écrêtement pour certaines activités. On tente à nouveau de construire une usine à gaz, qui n’amène que des complications et des améliorations insignifiantes.
- Cela est si vrai que le gouvernement a déjà prévu des dispositions dérogatoires pour ne pas désorganiser l’offre de soins, c’est une preuve évidente, que l’on sait que le mécanisme proposé produira des effets économiques et territoriaux indésirables.
C’est une rupture du pacte de confiance avec les professions libérales.
On ne peut pas demander aux professions libérales de cotiser toujours davantage, de travailler plus longtemps, puis de réduire successivement la valeur réelle des droits qu’elles ont acquis.
La difficulté n’est pas uniquement celle du montant de la pension.
C’est également une question de confiance dans le contrat social.
Un professionnel libéral construit sa retraite pendant plus de quarante ans. Il verse des cotisations obligatoires, souvent importantes, dans plusieurs régimes. Il prend des risques entrepreneuriaux, ne bénéficie pas des mêmes mécanismes que les salariés et constitue fréquemment lui-même une part importante de sa protection sociale.
Changer brutalement les règles à quelques années de la retraite pose donc un problème de prévisibilité et de confiance en l’avenir pour les jeunes générations qui commencent à ne plus croire à notre système pourtant historiquement très solidaire.
Le syllogisme du raisonnement
Inciter les Français à travailler plus longtemps, mais tout faire pour les en dissuader ! Ce syllogisme, chaque professionnel, chaque citoyen est en capacité de le comprendre et en tirer les conclusions.
Peut-on tenir ainsi un double discours aux français. En procédant ainsi, les gouvernements courent à leur propre perte.
Il faut en revenir pour la protection sociale, à un pacte de solidarité et de confiance entre les Français et leurs gouvernants.
On ne redressera les comptes publics des retraites et de la maladie qu’à cette seule condition.