Hommage à l'organiste « Brother » Jack McDuff (1926-2001), ou le Hammond B-3 en fusion, du soul jazz au funk ! - CulturAdvisor

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Né le 17 septembre 1926 à Champaign, dans l’Illinois, Eugene McDuffy, devenu « Brother » Jack McDuff, s’est imposé comme l’un des grands représentants de l’orgue Hammond B-3 dans le jazz des années 1960. D’abord bassiste, il passe à l’orgue sous l’influence de Willis Jackson et développe rapidement un style où blues, gospel, rhythm and blues et jazz se mêlent dans des grooves particulièrement efficaces. Chez Prestige, puis Atlantic, Cadet, Blue Note et Concord, il enregistre une discographie abondante, de Brother Jack (1960) à Bringin’ It Home (1999). Parmi ses compagnons de route figurent George Benson, Grant Green, Gene Ammons, Jimmy Forrest, Kenny Burrell ou encore David « Fathead » Newman. Avec Down Home Style (1969) et surtout Moon Rappin’ (1969), McDuff montre également qu’il sait faire évoluer le soul jazz vers des territoires plus funky et psychédéliques. Mort en 2001, il laisse derrière lui une œuvre qui continue de circuler bien au-delà du jazz : « Oblighetto », notamment, a été samplé par A Tribe Called Quest pour « Scenario » (1992). Hommage à l’organiste « Brother » Jack McDuff (1926-2001), ou le Hammond B-3 en fusion, du soul jazz au funk !

De la basse à l’orgue Hammond : les débuts

    Eugene McDuffy naît le 17 septembre 1926 à Champaign, dans l’Illinois. Ses premiers pas de musicien se font à la basse, notamment dans le groupe du saxophoniste Joe Farrell. À la fin des années 1950, il rejoint la formation de Willis Jackson. C’est auprès de ce dernier que sa trajectoire va prendre une nouvelle direction : encouragé à explorer l’orgue, McDuff délaisse progressivement la basse pour le Hammond.

    Le choix s’avère décisif. Son jeu associe rapidement la puissance sonore de l’instrument aux fondamentaux du blues, du gospel et du rhythm and blues. Le Hammond B-3 devient entre ses mains un véritable instrument de groove, capable aussi bien de soutenir une section rythmique que de prendre le devant de la scène. Son passage chez Willis Jackson lui permet également d’enregistrer dès la fin des années 1950, avant de devenir à son tour chef de groupe.

    Prestige Records repère alors ce nouveau spécialiste de l’orgue et lui confie ses premiers albums comme leader. Brother Jack (1960), enregistré avec le guitariste Bill Jennings, constitue son véritable acte de naissance discographique. Il enchaîne rapidement avec Tough ’Duff (1960), puis The Honeydripper (1961), où il partage notamment les séances avec le saxophoniste Jimmy Forrest et le guitariste Grant Green.

    McDuff ne tarde pas à constituer un quartet particulièrement remarqué, avec notamment Red Holloway, Joe Dukes et un jeune guitariste appelé à devenir une vedette : George Benson.

    The Honeydripper · Jack McDuff. (Hommage à l’organiste « Brother » Jack McDuff (1926-2001), ou le Hammond B-3 en fusion, du soul jazz au funk !).

    Une discographie foisonnante

    Les années 1960 sont celles d’une extraordinaire productivité. McDuff multiplie les albums pour Prestige et s’entoure de quelques-uns des meilleurs musiciens de l’époque. The Honeydripper (1961) illustre parfaitement son premier style : un jazz énergique, fortement enraciné dans le blues et le swing. Il croise ensuite Gene Ammons sur Brother Jack Meets the Boss (1962), Sonny Stitt sur Stitt Meets Brother Jack (1962) et Kenny Burrell sur Screamin’ (1962).

    Brother Jack McDuff Live ! (1963), avec Red Holloway et George Benson, donne une autre idée de son efficacité sur scène. Le morceau « Rock Candy » deviendra d’ailleurs l’un de ses titres emblématiques.

    Rock Candy · Brother Jack McDuff. (Hommage à l’organiste « Brother » Jack McDuff (1926-2001), ou le Hammond B-3 en fusion, du soul jazz au funk !).

    À la fin des années 1960, McDuff fait évoluer son langage. Down Home Style (1969) délaisse une partie des réflexes du hard bop pour privilégier des grooves électriques et des sonorités proches de la soul de Memphis. Une rencontre entre blues, funk et R&B, dominée par un Hammond B-3 particulièrement expressif.

    La même année paraît Moon Rappin’ (1969), sans doute l’un de ses albums les plus singuliers. McDuff y explore des paysages plus atmosphériques, avec guitare wah-wah, flûtes, arrangements orchestraux et longues plages instrumentales. « Oblighetto » deviendra bien plus tard une source importante pour le hip-hop.

    Il poursuit ensuite ses expériences avec To Seek a New Home (1970), Who Knows What Tomorrow’s Gonna Bring ? (1970) ou Sophisticated Funk (1976), avant de retrouver une nouvelle génération de musiciens dans les années 1980 et 1990. Son dernier enregistrement, Brotherly Love (2001), réunit notamment Red Holloway et Pat Martino.

    Ju Ju · Jack McDuff. (Hommage à l’organiste « Brother » Jack McDuff (1926-2001), ou le Hammond B-3 en fusion, du soul jazz au funk !).

    Une influence qui dépasse largement le jazz

    L’importance de Jack McDuff ne tient pas seulement au nombre de ses albums. Il appartient à cette génération d’organistes — aux côtés de Jimmy Smith, Jimmy McGriff ou Lonnie Smith — qui ont contribué à installer le Hammond B-3 au cœur du soul jazz, en faisant du groove et du blues des éléments aussi importants que l’improvisation jazz.

    Son influence passe également par les musiciens qu’il a accompagnés ou révélés. George Benson fait partie des exemples les plus célèbres : le jeune guitariste joue au sein du groupe de McDuff au début des années 1960 avant de poursuivre une carrière internationale. Leur collaboration est notamment documentée sur The New Boss Guitar of George Benson (1964).

    Shadow Dancers · George Benson. (Hommage à l’organiste « Brother » Jack McDuff (1926-2001), ou le Hammond B-3 en fusion, du soul jazz au funk !).

    Mais la postérité de McDuff s’est surtout révélée dans la culture du sampling. Le morceau « Oblighetto », enregistré pour Moon Rappin’ (1969), a été utilisé par A Tribe Called Quest dans « Scenario » (1992), reliant ainsi le Hammond de McDuff à l’âge d’or du hip-hop. D’autres artistes et producteurs ont également puisé dans son catalogue, contribuant à faire redécouvrir son œuvre à des auditeurs qui ne fréquentaient pas nécessairement les rayons jazz.

    À l’occasion de son centenaire, son œuvre mérite donc d’être redécouverte autrement que comme une simple page de l’histoire du jazz : écouter Jack McDuff, c’est entendre le moment où le jazz, le blues, la soul et le funk ont commencé à parler de plus en plus distinctement le même langage.

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    Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne écoute.

    Hakim Aoudia.

    Recapiti
    Hakim Aoudia