2026 ne restera pas dans les annales du tour-operating français. Les chiffres révélés le 17 septembre à Paris par Patrice Caradec, président du SETO, sont sans appel. Sur la saison « été » des voyagistes (du 1er mai au 31 octobre 2026), l’activité accuse, à fin août, un recul de – 5,1 % en nombre de clients. Le moyen-courrier se rétracte à – 5 % et le long-courrier, lui, régresse à – 9 %
Grèce, Espagne et Tunisie en chute
Une « stat », en particulier, est édifiante : le podium habituel des trois pays les plus pourvoyeurs de passagers pour le SETO en saison d’été. Grèce, Espagne et Tunisie baissent respectivement de 7,1 %, 1,3 % et 5,6 %. Idem pour le 4e, l’Italie, – 4,3 %. Étendus sur 12 mois – l’année du SETO court du 1er nov. 2025 au 31 oct. 2026 -, le constat est le même : toutes destinations confondues, 70 000 passagers ont été perdus, comparé à l’exercice 2024-2025 (– 2,6 %).
Les circuits les plus impactés
Seule légère satisfaction : le revenu moyen par client, à 1 543 €, progresse de 1,2 %. Pas assez toutefois pour contrebalancer la chute du nombre de voyageurs, le volume d’affaires total étant en repli de 1,4 %. L’analyse par type de voyages montre que les séjours individuels, les groupes et surtout les circuits sont les plus impactés. Ces derniers accusent une baisse de 16,2 %. « Cela tient essentiellement à la chute du trafic vers les États-Unis et l’Asie », indique Patrice Caradec. Fait marquant, des destinations jadis porteuses continuent de dégringoler, – 25,5 % pour les États-Unis, – 23,4 % pour l’Indonésie et même – 15,1 % pour la Croatie. Point notable, qui ne devrait pas manquer d’animer les relations toujours ardentes entre les voyagistes et les agences de voyages, la part de vente en B to B subit une chute de 6,6 %.
La France en hausse…
Côté explications, pas de surprise : « l’importance du conflit au Moyen-Orient est au premier rang des causes », selon Patrice Caradec. Ajoutons la vigilance portée par les ménages à leurs dépenses et l’on tient là les deux raisons majeures expliquant cette année sombre. Quelques rayons de soleil transpercent cependant la grisaille. Sur l’année 2025-2026, la France progresse de 4,6 %. Un pourcentage flatteur, à nuancer au regard du faible nombre de clients, à peine 8,7 % du total de passagers traités par les voyagistes participant à ce baromètre. « La France est importante pour les Français mais pas encore pour le SETO », reconnaît son président. Pour Alexis Gardy, P.-D.G. de Belambra, la montagne a eu le vent en poupe en juillet et août et les « dernières minutes » aussi, avec « 70 dossiers traités fin juillet pour des départs le soir même ! ».
… comme « l’Afsud », le Sénégal et l’Égypte
L’ouverture en juillet du Club Méditerranée à Durban a dopé la destination Afrique du Sud (+ 30,4 %), l’Égypte et son nouveau Grand Musée du Caire se relance à + 18,7 %, tandis que le Sénégal retrouve des couleurs (+ 18,4 %) grâce « à une desserte aérienne sympathique et au réaménagement des plages à Saly », estime Cyrille Fradin, président du groupe Karavel-Promovacances.
Pour 2027, le flou
Qu’en sera-t-il pour la suite ? La tendance « hiver » (du 1er nov. 2026 au 30 avril 2027) est pour l’heure ambivalente. Les réservations enregistrées au 31 août font apparaître un repli de près de 3 % du nombre de clients, compensé par un revenu unitaire en croissance de 4,7 %. Février, mars et avril 2027 semblent les mieux en profiter, en partie grâce à la hausse des clients vers l’Île Maurice et le retour de destinations comme le Sénégal, l’Égypte mais aussi la Tanzanie, le Cap-Vert… et la France. Reste à savoir quelle sera l’attitude des Français en cette année électorale. « Nous avons un réel souci avec la situation internationale et l’attitude de nos ressortissants. Ce qui m’inquiète, c’est surtout la contrainte budgétaire, qui se répercute sur les achats. Tout cela ne permet pas de se projeter de manière très claire », regrette Patrice Caradec.
Philippe Bourget