Les stations thermales de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

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Entre 2024 et 2025, la chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes a réalisé plusieurs contrôles de communes dans le cadre d’une enquête sur les stations thermales : les communes de La Bourboule, de Brides-les-Bains, de Saint-Martin-d’Uriage, de 
Saint Gervais-les Bains, de Vals-les-Bains et de Vichy. La chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes a également contrôlé la Société des Eaux thermales de La Léchère (SAEM).
Elle a également réalisé deux contrôles coordonnés, d’une part de l’établissement Royat Thermotonic et de la commune de Royat-Chamalières, et, d’autre part, de la commune de Vals les Bains et du Syndicat Intercommunal pour le Thermalisme et l’Environnement. 
Elle a également procédé au contrôle de la politique thermale de la Région Auvergne Rhône Alpes.
Les éléments issus des contrôles de la commune et de la société d’exploitation du tourisme et du thermalisme de Néris-les-Bains ont également été pris en compte dans l’enquête et la présente synthèse.
 

Auvergne-Rhône-Alpes constitue aujourd’hui la troisième région thermale de France, avec 23 stations thermales en 2026 et 24 établissements exploités en 2025, qui ont accueilli 94 709 curistes conventionnés en 2025, contre 128 048 en 2016. 
Dans un contexte post-crise sanitaire, les stations thermales sont confrontées à plusieurs défis au nombre desquels retrouver la fréquentation d’avant-crise, faire évoluer l’offre pour attirer de nouveaux publics et maintenir et moderniser des établissements et équipements anciens et sanitairement fragiles. En contrôlant neuf stations et la politique thermale de la région, la chambre a analysé, à la lumière de cet échantillon, le positionnement des stations thermales et des acteurs publics et les évolutions stratégiques récentes, la viabilité des modèles proposés sur le plan économique, juridique et financier et la capacité des acteurs à faire face aux enjeux sanitaires et écologiques auxquels ils sont confrontés.
De nombreuses stations en grande fragilité en raison d’une baisse marquée et durable de la fréquentation thermale
En raison d’une baisse de fréquentation marquée depuis la crise sanitaire, le nombre de curistes conventionnés accueillis en région Auvergne-Rhône-Alpes en 2025 a baissé de 26 % par rapport à 2016, soit une diminution légèrement plus importante que celle observée au niveau national (de l’ordre de 22 %). 
Sans perspective de retour à court terme au niveau d’avant-crise pour la plupart des stations, de nombreuses stations sont en grande fragilité. En 2025, seules huit stations sur 23 accueillaient plus de 4 000 curistes, seuil considéré comme le nombre minimal pour assurer la viabilité d’un établissement thermal. 
Un secteur essentiel à l’économie du territoire, qui bénéficie d’un soutien financier public très conséquent
L’économie thermale est essentielle à l’économie des territoires concernés, souvent ruraux : pour l’année 2024, les impacts économiques directs de l’activité thermale sont estimés à 131 M€ de chiffre d’affaires et à 1 522 emplois directs en équivalent temps plein dans la région. 
En fonction de leurs caractéristiques, les communes dépendent plus ou moins fortement des recettes liées à l’activité thermale, qui ont pu représenter jusqu’à 35 % des recettes de fonctionnement des communes contrôlées par la chambre, et sont fortement liées à la présence d’un casino.
Les stations thermales bénéficient d’un soutien national important, notamment via la sécurité sociale qui assure la prise en charge partielle des soins de cure thermale estimée à près de 53 M€ en 2023 pour la région. L’État est intervenu massivement en soutien de l’activité pendant la période de crise sanitaire, mais avec des conditions d’octroi des aides Covid peu favorables aux services publics industriels et commerciaux gérés en régie directe.
La Région est également très impliquée financièrement. Le plan thermalisme adopté en 2017 puis le plan tourisme courant de 2022 à 2028 ont permis le vote de financements à hauteur de plus de 100 M€ d’investissements dans les stations et les villes thermales, dont 13,4 M€ proviennent des fonds européens versés par l’intermédiaire de la Région. Sur cette somme, 35 M€ sont directement consacrés au thermalisme, le reste finançant des politiques locales liées au tourisme, au sport, à la culture et à la politique d’aménagement du territoire.
Les communes stations thermales assument quant à elles des charges de fonctionnement bien supérieures à la moyenne des communes de leur strate et financent souvent une part importante des investissements visant à maintenir l’attractivité de la station.
Les stations bénéficient d’un écosystème dense de structures intercommunales, associations et entités de divers statuts dédiées à leur soutien et à leur promotion. Les stations du territoire auvergnat bénéficient d’un soutien plus important que les stations rhônalpines, ce qui se manifeste notamment par l’existence d’un laboratoire d’autosurveillance commun à la plupart des stations du territoire auvergnat.
Face à des acteurs privés influents, des collectivités insuffisamment outillées pour contrôler le bon exercice de la compétence thermale
Dans la région, fin 2025, les établissements thermaux étaient gérés à 75 % par des opérateurs purement privés, soit en pleine propriété, soit sous forme de délégation de service public. Seuls trois établissements étaient pilotés par une régie ou une société publique locale, et trois autres par une société d’économie mixte.
Le modèle économique du secteur thermal repose historiquement sur les cures conventionnées dégageant de faibles marges d’exploitation. Dans un contexte marqué par des besoins en investissement importants, les principaux enjeux des négociations entre délégant et délégataire portent sur la prise en charge financière des investissements et la durée de la délégation consentie, la définition du périmètre de la délégation (pouvant ou non intégrer d’autres activités plus rémunératrices) et la rémunération du délégataire (devant intégrer l’ensemble des flux financiers au bénéfice du délégataire et de la société mère).
Des contrats de délégation, souvent de longue durée, ont été conclus avec des opérateurs privés ayant les capacités d’influer fortement sur les relations contractuelles établies. L’économie générale des délégations contrôlées est le plus souvent favorable au délégataire.
Pour plusieurs communes du panel, l’adoption des futures modalités de gestion et la décision de relancer ou non un contrat de délégation se posent de manière imminente. Dans ce contexte, la chambre rappelle la nécessité d’établir des relations contractuelles équilibrées et de limiter la durée de concession, qui doit être calculée en fonction de la nature et du montant des prestations ou des investissements demandés au concessionnaire.
La chambre encourage les entités locales à exercer un contrôle plein et entier, opérationnel et financier, sur leurs délégataires en s’appuyant sur un compte prévisionnel d’exploitation et sur un rapport d’activité exhaustif. Elles devront s’attacher à approuver annuellement les tarifs non fixés réglementairement qui doivent figurer au contrat de délégation.
La plupart des communes thermales de l’échantillon ne disposent pas de l’ingénierie technique, financière ou juridique nécessaire au bon exercice de la compétence thermale, dont les enjeux dépassent par ailleurs très souvent le périmètre communal.
Elles doivent pourtant choisir le mode de gestion de leurs services publics et connaître l’impact des investissements prévus selon les différentes options possibles et leurs conséquences. Cela implique en priorité de sécuriser les autorisations d’exploitation des établissements, de disposer d’un inventaire actualisé des biens de la délégation et de maîtriser les enjeux spécifiques liés à l’usage des marques  qui peut être générateur de revenus.
La compétence est parfois exercée au niveau intercommunal, ce qui est apparu utile pour plusieurs stations contrôlées. Mais quel que soit le niveau de compétence, le besoin d’assistance des structures assumant la compétence thermale est manifeste et n’est aujourd’hui pas couvert. La mise en place d’une organisation à un niveau régional ou infrarégional serait de nature à sécuriser les choix opérés et la gestion de cette compétence.
Des stratégies volontaristes pour garantir la pérennité de l’activité thermale, dont il conviendra de s’assurer de la viabilité financière
L’activité thermale doit faire face à deux risques principaux : celui du changement climatique pouvant avoir des incidences sur la qualité et la quantité de la ressource en eau, et celui de la pérennité d’un modèle économique, majoritairement assis sur des recettes publiques, dans un contexte où le risque de déremboursement des cures par l’Assurance maladie a été évoqué à plusieurs reprises.
Pour faire face au défi environnemental, les établissements ont développé une vigilance accrue et des dispositifs de contrôle renforcés. 81 % des établissements ont engagé des actions visant à réduire leur consommation énergétique. Une attention plus grande devra être portée à l’avenir sur la ressource en eau : selon l’observatoire national de l’économie des stations thermales, seuls 38 % des établissements indiquaient en 2024 avoir engagé une initiative de diminution des rejets d’eau, de valorisation ou de traitement des boues et seules 29 % des stations indiquaient avoir connaissance à cette date de l’évolution de la ressource en eau disponible pour les cinq prochaines années.
Dans l’objectif de maintenir un modèle économique viable, la très grande majorité des acteurs nationaux et régionaux promeuvent une stratégie de diversification rapprochant tourisme et thermalisme et visant à rendre les établissements moins dépendants des financements liés aux cures conventionnées. 
Encouragées par la Région AURA, la plupart des communes de l’échantillon contrôlé développent une offre de cures plus courtes visant à toucher une autre clientèle ainsi qu’une offre bien-être. La part du chiffre d’affaires que représentent les activités liées à la diversification de l’offre est très variable selon les stations et représente entre 11 % et 85 % du chiffre d’affaires pour les stations qui ont engagé une stratégie volontariste de diversification de leur offre.
Les données financières recueillies au cours de l’enquête ne permettent pas d’affirmer que la diversification des activités contribue à assurer une rentabilité de l’exploitation, et donc la pérennité de l’activité thermale.
La chambre appelle les stations et la Région à se doter des outils nécessaires à l’évaluation des stratégies mises en œuvre et rappelle l’importance de disposer d’une comptabilité analytique pour s’assurer de la viabilité économique des activités développées.
 

PRÉCONISATIONS
Aux communes et EPCI propriétaires du domaine thermal :
1. Assurer un suivi rigoureux des autorisations d’exploitation des sources quant aux exigences de qualité et de préservation de la ressource en eau.
2. Améliorer la connaissance du patrimoine thermal en ses éléments constitutifs, notamment en sécurisant l’inventaire des biens matériels et immatériels (marques…), ainsi que l’estimation des coûts des programmes d’investissement.
3. Se doter d’une comptabilité analytique visant à connaître la rentabilité de chacune des activités, thermale ou parathermale, afin d’éclairer les décisions d’investissement et de financement.

Aux communes ou EPCI concernés par une arrivée à terme prochaine d’une délégation : 
4. Dans un contexte où de nombreux contrats de délégation arrivent à échéance en même temps au cours des prochaines années, préparer les choix de gestion à venir en définissant précisément le niveau de service attendu et le mode de gestion, et en élaborant en amont, dans le cas d’une nouvelle délégation de service public, un dossier de consultation des entreprises solide et complet.

À la Région : 
5. Enrichir la politique régionale en faveur de l’activité thermale d’un soutien en ingénierie au profit des communes et EPCI concernés

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