Place de la Victoire, 1936 d'Alexandre Courban, ou le livre d'une chronique sociale et policière du Paris des années 30 ! - CulturAdvisor

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Troisième épisode des enquêtes du commissaire Bornec du XIIIe arrondissement, chronique sociale du Paris des années 30, les années du Front Populaire. Alexandre Courban poursuit sa chronique sociale, policière et bien documentée du Paris ouvrier des années 30. Après Passage de l’Avenir, 1934 qui nous emmenait visiter la raffinerie de sucre de la gare d’eau de Paris dans le XIIIe, après Rue de l’Espérance, 1935 qui nous présentait les efforts de guerre des avionneurs, voici : Place de la Victoire, 1936 avec l’avènement du Front Populaire et cette fois, les usines automobiles, toujours dans le XIIIe arrondissement parisien. Place de la Victoire, 1936 d’Alexandre Courban, aux Éditions Agullo, ou le livre d’une chronique sociale et policière du Paris des années 30 !

Au lendemain des élections du printemps 1936

On a, bien sûr, tout le plaisir de retrouver les acteurs des épisodes précédents.

  • Le commissaire Bornec du XIIIe arrondissement, un homme « froid, distant, presque antipathique ».
  • Le journaliste Gabriel Funel qui travaille pour L’Humanité (tout comme l’auteur).
  • Et Camille Dubois, ancienne ouvrière de la raffinerie sucrière, devenue photographe.

Ce troisième épisode, cette troisième année, commence au lendemain des élections du printemps 1936 qui ont porté la coalition des partis de gauche au pouvoir : le peuple attend maintenant la nomination par Léon Blum du premier gouvernement du Front Populaire (qui fête ses 90 ans cette année) et les grèves accentuent la pression sur le patronat.

Un meurtre a été commis

Mais Courban ne délaisse pas ses intrigues policières : un meurtre a été commis et un homme est tombé du toit d’une usine en grève. La victime, c’est Augustin, le concierge dans les usines de La Doyenne, la première usine automobile française, l’usine Panhard-Levassor, avenue d’Ivry, dont quelques bâtiments ont été conservés encore aujourd’hui.

« La mort du gardien de la Doyenne. La chute du concierge avait l’air d’un accident.
[…] L’hypothèse de l’accident est vraisemblable ; celle du meurtre n’est pas exclue pour autant.
[…] Bornec était convaincu d’être confronté à un crime politique. Il avait en tête deux suspects.
[…] Il y a toujours plusieurs versions des faits. Et puis il y a la vérité.
»

Place de la Victoire, 1936 d’Alexandre Courban, aux Éditions Agullo, ou le livre d’une chronique sociale et policière du Paris des années 30 !

Le chien d’Augustin

Et puis, il y a « le chien d’Augustin. L’animal avait été spectateur de la chute de son maître et il était le seul témoin qu’on ne pouvait pas interroger. » Mais le chien d’Augsutin est-il vraiment le seul témoin ?

Pour élucider ces mystères, Alexandre Courban devra nous rappeler l’existence de la colonie pénitentiaire pour enfants de Belle-Île, celle qu’évoquait récemment Sorj Chalandon dans son livre, L’enragé (2023 Grasset).

Un simple fil rouge

L’intérêt de la série d’Alexandre Courban tient dans la description minutieuse, très documentée, de la vie sociale du petit peuple parisien. Ces années 30 sont celles du Front Populaire, celles des HBM (les Habitations à Bon Marché, l’ancêtre des HLM), mais aussi celles de la montée d’une extrême-droite raciste, qui annonce de terribles lendemains …

Les intrigues policières de la série ne sont qu’un prétexte, un simple fil rouge qui maintient l’attention du lecteur au long du récit. Mais au contraire des deux précédents bouquins, l’enquête de ce troisième épisode accuse une petite baisse de régime. Autour du cadavre du concierge de l’usine automobile, l’intrigue peine un peu à se mettre en place et va s’avérer décevante.

Le petit clin d’œil littéraire

On a bien aimé le petit clin d’œil littéraire de Courban à ses confrères :

« La lecture à haute voix des adresses de garages lui offrait l’occasion de rêver à des destinations lointaines : Garage Pedinielli, rue Massenet à Nice ; Garage Bulteau, boulevard Bugeaud à Alger ; Garage Paulin, avenue des Français à Beyrouth. »

Alexandre Courban se situe effectivement quelque part entre Gwenaël Bulteau, pour l’engagement social, et Frédéric Paulin pour la rigueur du documentaire historique. Des auteurs qui s’attachent à ressusciter pour nous, des moments parfois mal connus, de notre histoire récente.

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Par Bruno Ménétrier. Les bouquins de Bruno Ménétrier.

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Hakim Aoudia