Théâtre : hommage à Valère Novarina (1947-2026), l’homme qui faisait parler la langue ! - CulturAdvisor

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La disparition de Valère Novarina, le 16 janvier 2026, laisse un vide singulier : celui d’un artiste qui aura fait du langage non un outil, mais un organisme vivant. Dramaturge, metteur en scène, peintre et penseur, Novarina a consacré plus de cinquante ans à explorer ce que parler veut dire — physiquement, spirituellement, théâtralement. Son œuvre, inclassable, échappe aux récits et aux psychologies pour faire surgir une scène peuplée de voix, de corps traversés par les mots, d’hommes parlant plus vite qu’ils ne pensent. À la croisée de la poésie, de la théologie et de l’art brut, son théâtre a profondément marqué la création contemporaine, en France comme à l’étranger. Cet article retrace son parcours, éclaire son œuvre dramatique et picturale, et mesure l’ampleur d’une postérité qui continue de déplacer notre idée même du théâtre. Théâtre : hommage à Valère Novarina (1947-2026), l’homme qui faisait parler la langue !

Naître dans la parole

Valère Novarina naît en 1942 à Chêne-Bougeries, dans une famille où l’art n’est pas un supplément mais une condition d’existence. Très tôt, il comprend que le monde n’est pas seulement à voir, mais à dire — et que dire engage le corps tout entier. Étudiant à la Sorbonne, il se forme à la philosophie, à la linguistique et à la théologie négative, tout en découvrant Artaud, dont il retiendra moins la fureur que l’exigence : faire du théâtre un lieu de vérité physique.

Ses débuts ne sont ni rapides ni faciles. L’Atelier volant, écrit au début des années 1970, marque déjà une rupture : pas d’intrigue au sens classique, mais une circulation de voix, un espace traversé par des paroles qui semblent précéder les personnages. Novarina n’écrit pas à partir du vécu psychologique, mais depuis une zone plus obscure : celle où la langue parle avant nous. Très tôt, il se tient à distance des modes et des écoles, construisant patiemment une œuvre exigeante, parfois déroutante, mais toujours animée par une foi profonde dans la puissance du verbe.

Théâtre : hommage à Valère Novarina (1947-2026), l’homme qui faisait parler la langue !

Le théâtre, machine à faire parler

Chez Valère Novarina, le théâtre n’imite pas la vie : il la recommence. Chaque pièce est une tentative pour remettre la langue en mouvement, la sortir de l’usure et de la communication. Les personnages — innombrables, souvent nommés comme des listes ou des litanies — ne sont pas des identités mais des points de passage. Ce qui compte, c’est l’acte de parler, sa vitesse, ses ruptures, ses débordements.

Des œuvres majeures comme Le Drame de la vie, Le Vivier des noms ou L’Acte inconnu installent un théâtre où le temps se dilate, où le corps de l’acteur devient un instrument respiratoire, presque musical. Jouées à Avignon, à la Comédie-Française ou à l’étranger, ses pièces ont profondément modifié le jeu contemporain, exigeant des acteurs une précision rythmique extrême et une présence totale.

Novarina ne cherche pas à expliquer le monde, mais à le faire résonner. Son théâtre est une expérience : on n’y comprend pas tout, mais on y entend quelque chose d’essentiel — une humanité en train de se dire, maladroitement, infiniment.

Théâtre : hommage à Valère Novarina (1947-2026), l’homme qui faisait parler la langue !

Dessiner pour voir ce que disent les mots

Parallèlement au théâtre, Valère Novarina n’a cessé de dessiner et de peindre. Non comme une activité annexe, mais comme une autre manière de penser. Ses figures — visages schématiques, corps éclatés, foules de signes — prolongent la scène sur le papier. Là encore, il ne s’agit pas de représenter, mais de faire apparaître.

Le trait, souvent rapide, presque enfantin, capte le surgissement plutôt que la forme achevée. Novarina parle de la main comme d’un organe de pensée : dessiner, c’est continuer à écrire autrement. Ses expositions, en France et en Europe, révèlent un univers cohérent, où les mêmes questions circulent entre mots et images : qu’est-ce qu’un corps ? qu’est-ce qu’une voix ? que fait l’homme quand il parle ?

Cette œuvre plastique éclaire son théâtre : elle en est le laboratoire visuel, le verso silencieux.

« Adam chuté », Acrylique sur toile, 1984. Photo Léonard Novarina. (Théâtre : hommage à Valère Novarina (1947-2026), l’homme qui faisait parler la langue !).

Une postérité ouverte

L’influence de Valère Novarina est profonde, mais rarement visible à la surface. Il n’a pas fondé d’école ; il a ouvert des passages. Son travail irrigue aujourd’hui le théâtre expérimental, la performance, la poésie sonore, mais aussi certaines formes de cinéma et d’art contemporain attentives au rythme et à la parole.

À l’heure de sa disparition, son œuvre apparaît plus nécessaire que jamais. Dans un monde saturé de discours, Novarina rappelait que parler engage le corps, le souffle, le risque. Sa postérité n’est pas celle d’un monument figé, mais d’une langue toujours en travail — une langue qui continue de trébucher, de rire, de chercher.

Valère Novarina n’est plus, mais la parole qu’il a remise en mouvement, elle, ne s’est pas tue.

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Hakim Aoudia.

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