L’autonomie, à quel prix ?

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Entre désir d’indépendance, besoin de sécurité et accompagnement ajusté, l’autonomie des personnes handicapées ne se décrète pas : Chronique RND de Florence Gros du 7 janvier 2026

Pierre-Hugues : Avec la loi du 11 février 2005, les droits des personnes en situation de handicap sont mieux entendus. L’accès à l’autonomie est un objectif fort de cette loi. Comment cette autonomie est-elle vécue sur le terrain ?

Vous avez raison, Pierre-Hugues, de rappeler que l’objectif essentiel de la loi de 2005 est de rendre à la personne handicapée son pouvoir d’agir. Les attentes des personnes en situation de handicap sont fortes mais l’accompagnement à cette autonomie demande beaucoup d’ajustements et de renoncements. Le degré d’autonomie ne peut se calculer de manière uniforme. Il dépend du handicap de la personne et de sa capacité à reconnaître ses besoins. Dans son dernier numéro, la revue Ombres & Lumière que publie l’OCH a enquêté sur les ressorts d’une juste autonomie. Le titre du dossier donne tout de suite le ton : L’autonomie, à quel prix. Sur le terrain, emmener la personne handicapée vers un maximum d’autonomie sans nuire à ses besoins de sécurité et d’entraide est un défi.

Pierre-Hugues : Est-ce que l’autonomie est un modèle pour toute personne ?

Gérard Zribi, docteur en psychologie, a été interviewé par les journalistes d’Ombres & Lumière. Il observe qu’accompagner une personne handicapée vers un maximum d’autonomie ou de décisions possibles ne contribue à l’estime d’elle-même que si l’on prend en compte les difficultés très spécifiques à chaque pathologie ou handicap. A défaut, on met la personne handicapée dans une situation de grande fragilité. Catherine, maman de Maël, jeune homme autiste de 25 ans, raconte comment son fils a intégré un logement autonome en ville, en sortant de l’institut médico-éducatif où il a été accueilli jusqu’à sa vie d’adulte. Après deux situations qui l’ont mis en danger, Maël a rejoint un foyer où il vit plus sereinement. L’autonomie n’est pas une fin en soi, rappelle Gérard Zribi. Il est un levier puissant pour estimer les progrès vers une vie d’adulte mais ne doit surtout pas être un critère de réussite pesant pour la personne concernée, ni source de solitude.

Pierre-Hugues : Est-ce que finalement on peut être autonome tout seul ?  

Un éducateur m’a dit un jour : « une personne handicapée mentale autonome est une personne qui sait à qui s’adresser pour demander de l’aide ». Je trouve cette définition de l’autonomie intéressante. Elle nous rappelle que nous sommes tous limités et en relation. Eric Delassus, philosophe, a développé le concept d’autonomie solidaire à l’inverse de l’autonomie solitaire. Pour lui, être autonome n’est pas être indépendant car notre commune vulnérabilité nous redit que nous avons tous besoin les uns des autres pour vivre de manière humainement acceptable. L’autonomie est la capacité à poser des choix tout en ayant besoin d’être soutenu par les autres. Le fait d’aider la personne augmente sa puissance d’agir. Un ami avec un handicap moteur s’est battu des années pour avoir son logement autonome et un travail dans le milieu ordinaire. Las d’être trop souvent seul, il a voulu faire l’expérience d’une vie en maison partagée pour être avec d’autres. Après cette expérience heureuse, il a quand même préféré revenir dans son logement autonome, avec une aide à domicile. L’horizon des possibles pour une vie autonome est large. Dans son dernier numéro, la revue Ombres & Lumière offre un éclairage et une réflexion à ne pas manquer. Vous pouvez le commander sur och.fr ou ombresetlumiere.fr.

Chroniques hebdomadaire de Florence Gros, directrice de la Fondation OCH. 07/01/2026

Recapiti
Maxime Jaly