Interview – Nour Habibi, cheffe de projet Petits Pas chez Santé Sud - Santé Sud

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Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis psychologue de formation et j’ai obtenu mon master en 2022 en psychologie clinique de l’enfant et de l’adolescent. J’ai commencé à travailler dès 2020, d’abord comme psychologue clinicienne chez H&P. Progressivement, je me suis orientée vers des postes à responsabilité, notamment en tant que cheffe de projet dans le domaine de la protection de l’enfance et de l’accompagnement des enfants en situation de handicap.

C’est à travers ces expériences et mes stages dans des structures de protection de l’enfance que j’ai découvert et approfondi mon intérêt pour le travail social. Par la suite, j’ai rejoint SOS Villages d’Enfants où j’ai occupé le poste de coordinatrice nationale pour les programmes de protection de remplacement.

J’ai intégré Santé Sud début 2024.

Quel est votre rôle au sein de Santé Sud ?

Je suis cheffe de projet du programme Petits Pas, démarré en octobre 2023. Mon rôle combine à la fois la gestion de projet et l’expertise technique. Je mobilise ma formation en psychologie de la petite enfance ainsi que mes expériences dans le secteur social et auprès des publics vulnérables.

Au cours des deux dernières années, j’ai pu élargir mon réseau de partenaires institutionnels et associatifs, et contribuer activement à la conception et à la mise en œuvre de formations et d’outils destinés aux professionnel·les de la petite enfance.

Qu’est-ce qui distingue selon vous le projet Petits Pas ?

Ce qui fait la force du projet Petits Pas, c’est qu’il répond de manière très concrète aux besoins exprimés par les professionnel·les et les familles. C’est un projet dynamique, qui évolue en permanence en fonction des réalités du terrain. Cette flexibilité nous permet d’adapter nos stratégies et de proposer des activités véritablement pertinentes.

Une grande satisfaction pour moi est de constater que les résultats de l’enquête baseline confirment la pertinence de notre démarche : le projet répond pleinement aux recommandations formulées.

Petits Pas intervient dans trois environnements essentiels de l’enfant :

  • le milieu professionnel,
  • le milieu familial et communautaire,
  • le milieu institutionnel.

Le projet rappelle que le handicap ne relève pas uniquement du médico-social : il implique un ensemble de facteurs qui nécessitent des interventions coordonnées, notamment en agissant sur les représentations du handicap au sein des communautés.

Quel regard portez-vous sur la situation du handicap dans la petite enfance en Tunisie ?

Aujourd’hui, 15.5 % de la population tunisienne est en situation de handicap1. C’est une question qui gagne en visibilité et dont l’importance est reconnue à plusieurs niveaux : éducatif, social, médical et familial. Tous ces axes sont essentiels.

Des initiatives existent déjà, comme la stratégie nationale concernant le trouble du spectre de l’autisme ou les efforts visant à promouvoir l’inclusion des enfants en situation de handicap au préscolaire et à l’école.

Pour aller plus loin, il me semble essentiel de mettre la famille et l’enfant au centre de l’intervention. La prise en charge doit être multidisciplinaire, mais l’accompagnement de la parentalité reste un pilier fondamental.

Les ministères concernés gagneraient à mettre en place un plan d’action intégré incluant :

  • information et sensibilisation,
  • prévention,
  • renforcement des compétences parentales,
  • accompagnement dans le parcours patient (diagnostic et prise en charge),
  • soutien psychosocial via des espaces d’échanges entre familles, comme les cafés de famille que nous organisons dans le cadre de Petits Pas.

Ces efforts doivent être collectifs, multisectoriels et durables.

Quels sont les enjeux à venir pour le projet Petits Pas ?

Nous souhaitons nous appuyer sur les résultats de ces premières années pour développer un plaidoyer fort pour les droits des enfants en situation de handicap et pour l’accompagnement essentiel de leurs familles.

Un autre enjeu est d’appuyer les structures de prise en charge afin qu’elles renforcent leurs moyens, adoptent une approche inclusive et garantissent une inclusion sociale effective dès le plus jeune âge.

Enfin, il est nécessaire de mener un plaidoyer global pour la désinstitutionalisation des enfants en situation de vulnérabilité, en proposant des alternatives à la protection de remplacement. Cela permettrait de réduire la charge pesant sur l’État tout en évitant l’accentuation possible des troubles liés à des placements institutionnels prolongés.

Pour conclure, quel regard portez-vous sur la santé mentale en Tunisie?

De nombreuses initiatives existent au sein des structures étatiques, des universités et des associations spécialisées. Ces efforts sont importants, mais ils doivent être renforcés pour développer des stratégies qui répondent aux enjeux réels du pays.

La Tunisie est classée parmi les pays les plus concernés par la dépression2, ce qui montre à quel point la santé mentale est un défi majeur. Nous avons un travail considérable à mener pour améliorer l’accès aux soins, renforcer les compétences des professionnels et promouvoir une culture de prévention.

Recapiti
communication@santesud.org