Vitraux de Notre-Dame : communication mensongère de la préfecture d'Ile-de-France

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Alors que notre demande de référé suspension avait été repoussée le 19 mai 2026 par Tribunal administratif de Paris, décision donnant lieu, le même jour, à un communiqué de presse parfaitement clair (voir ci-dessous) de cette juridiction, la préfecture de région Ile-de-France diffusait, deux jours plus tard, le 21 mai 2026, un communiqué totalement mensonger (voir ci-dessous), qui nous a été signalé par des journalistes. Ce communiqué ne contenait aucune référence à celui du tribunal ni ne donnait accès à son ordonnance, empêchant ainsi toute vérification.

Un communiqué déformant la portée d’une décision de justice

Notre propre communication sur la portée de la décision du tribunal administratif renvoyait, en revanche, à deux reprises, vers le communiqué de la juridiction et sa décision.

Alors que le rejet de notre référé suspension - qui plus est sur le motif de l’absence d’urgence - ne présage en rien de la décision du tribunal sur notre requête au fond, déposée concomitamment (comme l’impose la procédure), la préfecture de région titrait :

"Rejet du recours contre la pose de six vitraux contemporains dans la cathédrale Notre-Dame de Paris : les travaux peuvent se poursuivre"

Ce titre était suivi du chapeau explicatif suivant, en caractères en gras :

"Le recours déposé contre l’autorisation de travaux délivrée le 17 avril 2026 concernant la dépose de six vitraux ornementaux du XIXe siècle et leur remplacement par des œuvres contemporaines ayant été rejeté par le tribunal administratif de Paris, les travaux se poursuivent."

Le communiqué de la préfecture est inexact et trompeur : le recours déposé contre l’autorisation de travaux délivrée le 17 avril 2026 n’a, en aucune manière, été rejeté par le tribunal administratif de Paris et, si les travaux se poursuivent, c’est aux risques et périls de nos finances publiques !

Le principe même d’un communiqué de l’autorité administrative interprétant - et de cette façon ! - une décision de l’autorité judiciaire questionne. La séparation des pouvoirs ne l’interdit-elle pas ?

Un communiqué dont la date est révélatrice ?

La date du communiqué de la préfecture de région est également troublante. Le 21 mai coïncide en effet avec l’installation du préfet de région, Marc Guillaume, auteur de la décision de dépose des vitraux, à la tête du Conseil d’Etat, plus haute juridiction de l’ordre administratif. Il s’agit ainsi probablement de son dernier acte en tant que préfet, ce qui n’est jamais bon signe (voir ici).

Ce communiqué n’est accompagné d’aucun texte explicatif. Un simple lien figure sur le site de la préfecture de région, contrairement aux usages (voir ci-dessus). Il est en outre fort probable que des informations erronées aient été données aux journalistes par la cellule de presse de la préfecture dès avant sa mise en ligne, comme en témoignent les titres adoptés par différents médias.

Ainsi, pour Le Parisien, "La justice laisse la voie libre aux vitraux contemporains pour la cathédrale Notre-Dame de Paris" ; pour Europe 1, "La justice déboute les recours et autorise l’installation des vitraux contemporains voulus par Emmanuel Macron à Notre-Dame", etc.

Il est également troublant que le préfet de région, auteur d’une décision contestable, soit désormais en charge du contrôle de sa légalité ! C’est tout l’ambiguïté de la juridiction administrative, voulue par Napoléon 1er, l’administration se jugeant en quelque sorte elle-même...

Ce nouvel épisode de la saga Notre-Dame n’est pas sans rappeler l’intoxication délibérée, conduite en juin 2025 par le ministère de la Culture, notamment auprès de l’AFP, sur la portée du second avis de la commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) rendu sur l’enlèvement des vitraux.

Un communiqué propageant des informations trompeuses sur la destination des vitraux enlevés

Le communiqué donne également lieu à un mensonge par omission relatif à la destination des vitraux :
"les six vitraux ornementaux réalisés en 1864 par le peintre-verrier Alfred Gérente dans le cadre du programme conduit par Eugène Viollet-le-Duc seront restaurés puis présentés au public au Château de Pierrefonds et à la Cité de l’architecture et du patrimoine.
Au Château de Pierrefonds, les vitraux seront présentés dans un édifice restauré par Viollet-le-Duc lui-même, permettant ainsi de mettre en perspective l’ensemble de son œuvre. À la Cité de l’architecture et du patrimoine, les vitraux pourront être mis en relation avec des productions d’époques différentes afin de les replacer dans une perspective historique plus large.
"

Cette destination, présentée comme une garantie de conservation, n’est pourtant nullement pérenne. Le musée de l’Œuvre, désigné comme leur destination finale est en effet un projet non financé et de facto abandonné. Un courrier du 3 avril 2026 du ministère de la Culture au préfet de région (voir ci-dessus) évoque ainsi des vitraux qui « ont vocation à rejoindre à terme un lieu définitif, qui devrait être le musée de Notre-Dame à l’Hôtel-Dieu », l’usage du conditionnel montrant l’absence de destination pérenne certaine.

Il est ainsi probable que l’encombrement des institutions désignées pour les accueillir temporairement, sans considération pour leur configuration architecturale et leurs collections, conduira, à terme, à leur mise en caisse, sans certitude sur leur devenir à long terme (d’autres vitraux de Viollet-le-Duc, déposés dans les années 60 dans la cathédrale, ont ainsi été détruits, comme le reconnait la DRAC, d’ailleurs opposée au projet).

En toute hypothèse, aucune présentation hors de Notre-Dame ne serait satisfaisante. Les verrières ont en effet été conçues à la demande d’Eugène Viollet-le-Duc pour une lumière donnée, fonction de l’orientation de la cathédrale (côté sud de la nef), en regard des vitraux de la partie nord de la nef (conçus en pendant pour une lumière froide). Ainsi, l’intérêt public d’art et d’histoire des vitraux, détachés de leur monument et dissociés de l’ensemble pensé par Eugène Viollet-le-Duc, n’est pas respecté.

Demande de rectification du communiqué de la préfecture

Il faut admettre que nos institutions semblent ne plus connaître de limites en matière de patrimoine, tous les coups étant désormais permis dans leur communication. Dans ce contexte, notre association est fière de la qualité de l’information qu’elle délivre et vient de demander au service de presse de la préfecture de région de rectifier son communiqué trompeur.

Julien Lacaze, président de Sites & Monuments

Communiqué de la préfecture de Région au format pdf
Communiqué du Tribunal administratif de Paris au format pdf
Communiqué de Sites & Monuments

Recapiti
Julien Lacaze