Deux projets qui se sont nourris l’un l’autre
En se « donnant un peu d’air » à l’INSA grâce à ces nouveaux aménagements, les premiers bénéfices sont vite visibles, puisque l’athlète revient dans le collectif de l’équipe de France et remporte le championnat du monde des moins de 23 ans. En même temps, ses apprentissages deviennent plus qualitatifs. Mais cela reste néanmoins difficile. Mais ce « chemin de connaissance de soi » va lui permettre de « trouver un équilibre » : conjuguer une assimilation satisfaisante des notions en formation et la performance à l’aviron. Ce qui se concrétisera, 3 ans après son entrée à l’INSA, par sa première participation aux Jeux olympiques, ceux de Londres en 2012. Il sera à nouveau qualifié aux JO en 2016, à Rio aux côtés d’Hugo Boucheron, son coéquipier d’entraînement au Pôle France de Lyon et ils réaliseront en 2018 un splendide doublé aux championnats d’Europe et du monde.
Côté cours, Matthieu privilégie l’ouverture à l’hyperspécialisation, grâce à l’aperçu sur les différentes spécialisations qu’offrait ce cursus dès les 3 premières années de tronc commun, ce qui est une autre spécificité de l’INSA Toulouse. Matthieu pourra ainsi s’orienter « par élimination » et, alors qu’il avait d’abord choisi le génie mécanique, il préférera à celui-ci le génie des systèmes industriels. Une spécialisation qui lui plaira beaucoup parce qu’elle était aussi enrichie par des interventions d’acteurs du monde de l’industrie, ce qui permettait « de mettre ainsi un pied dans ‘l’après’ ».
Au-delà de l’expérience de faire coexister les deux projets durant les 8 années passées à l’INSA, très « formatrice » parce ces deux projets « se sont nourris l’un l’autre », les valeurs humanistes découvertes à l’INSA vont influencer plusieurs virages pris à l’issue de sa diplomation. D’abord dans le cadre de son entraînement sportif, dès 2018, alors qu’il travaille désormais en tant qu’analyste développeur pour Atos, une entreprise de services du numérique française basée à Lyon.
Ce qu’on lit dans les plaquettes est vrai : c’est une école humaniste et ça a fait toute la différence !
Il choisit en effet de changer sa démarche parce qu’il stagne depuis 3 ans au même résultat. Matthieu remet alors en question le système sportif qu’il a toujours connu, un modèle « qui entraîne d’abord le corps, lui apprend à encaisser le plus de souffrances possibles et exclut les émotions, donc a ses limites ». « J’ai décidé de changer de chemin. S’entraîner dur ne suffisait pas. Avec Hugo, nous sommes donc allés chercher un préparateur physique, un préparateur mental, avons consulté des experts en nutrition, appris des techniques de récupération, ce qui nous a poussé à nous rencontrer nous-mêmes, à cerner nos spécificités et donc à nourrir ce qui nous rend singuliers. » Résultat, le duo de rameurs remporte en 2021 les championnats d’Europe et la première étape de Coupe du monde. Ils deviennent champions olympiques à Tokyo 2020 et champions du monde 2022 et obtiennent leur qualification à Paris 2024.
Il fait aussi le pari de l’humain dans son nouveau projet professionnel
Cette nouvelle démarche, qui consistait à mettre « l’humain au centre », s’avérait donc fructueuse. Et, explique encore l’ingénieur, c’est aussi l’INSA Toulouse qui la lui a inspirée. « Les gens extraordinaires que j’ai rencontrés à l’INSA – la responsable des sportifs de haut niveau, le responsable du tronc commun, l’ancien directeur de l’INSA, des responsables d’années et d’études… -, qui m’ont guidé à la fois en tant qu’apprenant et en tant qu’athlète, ce sont eux qui m’ont permis de surmonter un certain nombre de difficultés et de performer », explique Matthieu. « Ce qu’on lit dans les plaquettes est vrai : c’est une école humaniste et ça a fait toute la différence ! »
Ce vécu va inspirer un autre virage, professionnel cette fois-ci, et tout récent puisqu’il date de janvier 2026. En créant sa propre société, Boétia, Matthieu choisit d’accompagner, via des conférences, des ateliers / formations et du coaching, des acteurs du monde du sport (et, espère-t-il aussi à terme, des acteurs du monde de l’entreprise), pour les aider à dégager leurs avantages concurrentiels en s’appuyant davantage sur ce qui les rend singuliers. La démarche est doublement pertinente, selon Matthieu : « Si on ne se réinvente pas au travail, on n’existe plus. Et aujourd’hui, j’ai davantage envie de vivre des aventures humaines que de passer 8h par jour devant un ordinateur ! »